La voix d’une génération nous quitte!
Décès de Jacques Michel, le 5 mars 2026
Publié le 6 mars 2026
Par André Thivierge, chef des nouvelles de Famille Rock
Décès d’une voix revendicatrice des années 70!
Le chanteur Jacques Michel est décédé le 5 mars 2026 à l’âge de 84 ans, après un combat de trois ans contre la maladie.
Né Jacques Rodrigue en Abitibi-Témiscamingue le 27 juin 1941, une région qu’il a toujours portée dans son cœur, il vivait depuis plus de 30 ans à l’Île d’Orléans, près du fleuve Saint-Laurent. C’est là qu’il avait choisi de s’enraciner, tout en continuant de partager sa musique avec son public.
Pendant plus de six décennies, sa voix et ses chansons ont accompagné la vie de générations de Québécois et de Québécoises. Auteur et mélodiste d’une grande sensibilité, il laisse plus de 300 compositions qui ont marqué la chanson québécoise desquelles émergeait toujours l’espoir, souvent celui de voir naître le pays du Québec dont plus de 30 ont dominé le palmarès francophone entre 1965 et 2005.
1974
Il commence à composer à 8 ans!
Il écrit son premier texte à l’âge de 8 ans pour un spectacle à l’école. C’est là, pour la première fois, que j’ai goûté à des applaudissements, avait-il confié en entrevue à Radio-Canada en 2025. Le besoin de reconnaissance était comblé. Je me suis dit : c’est quelque chose comme ça que je dois faire.
Toutefois, il change abruptement de chemin à l’âge de 15 ans et s’enrôle dans l’armée.
Sa passion musicale, qui n’est jamais bien loin, finit par prendre le dessus. Il troque les armes pour un micro et pour une guitare en se joignant à 16 ans au groupe Rock’n’roll Kids, puis au groupe Midnighters, tous deux basés en Estrie, où sa famille avait alors déménagé.

En 1960, il fonde une formation avec un répertoire principalement en français, Les Colibris, où naissent ses premières compositions, peut-on lire sur le site de l’auteur-compositeur-interprète.
Sa carrière solo décollera ensuite à compter de 1963 après avoir décroché un contrat dans un cabaret de Montréal. Il recevra quelques mois plus tard une invitation de la reine du music-hall québécois de l’époque, Muriel Millard, pour participer à son spectacle au théâtre de la Comédie-Canadienne.
Sa carrière décolle au milieu des années 60.
Rares sont les auteurs-compositeurs à posséder un répertoire si profond et profondément au diapason des années 1960 et 1970, ses années glorieuses. Je retourne chez moi, parue en 1965, Attends-moi (parue l’année suivante), Je reviens de très loin (1968), suivie des immortelles de la décennie suivante, à commencer par Amène-toi chez nous, composition grâce à laquelle il remportera le Grand Prix du Festival de Spa, en Belgique.
Des années 70 marquantes et inoubliables!
Au début des années 1970, il fait paraître « Pas besoin de frapper pour entrer », qui est intronisée au Panthéon des auteurs et des compositeurs canadiens. Cette chanson lui vaut plusieurs prix de la SOCAN.
La même année, il lance Mon petit camarade, Chacun son refrain, À cause d’une fleur, Salut Léon, Allume mes lumières, on en oublie. La liste de grands succès de Jacques Michel est longue et fait immanquablement chaud au cœur lorsqu’on s’y replonge, tant ses interprétations passionnées et son grand talent de mélodiste nous frappe, aujourd’hui encore.
Son sens de la mélodie vaut à ses chansons d’être reprises encore aujourd’hui, estime l’animatrice Monique Giroux d’ICI Musique, à l’icône disparue : « Quand on évoque ne serait-ce que cinq ou six titres de ses chansons, on a automatiquement la mélodie en tête — et souvent le texte, puisqu’il abordait des thèmes universels. Il carburait au même pétrole que Michel Fugain, pour ainsi dire : il y avait de l’espoir dans ses chansons, l’envie de vivre de meilleurs jours. Il avait la générosité de s’adresser à tout le monde par des propos qui n’étaient pas nombrilistes, ne parlant pas de sa petite vie ou de sa petite misère. »

Citoyen d’Amérique (1970), son cinquième album en autant d’années, porte Jacques Michel à de nouveaux sommets. En est tiré le succès Un nouveau jour va se lever, qui cartonne en pleine crise d’Octobre et en deviendra l’hymne officieux pour ses fans francophones — la chanson sera même bannie des ondes de Radio-Canada, rappelait l’écrivain Bruno Roy dans son essai « Des airs d’Octobre » (Bulletin d’histoire politique, volume 11, numéro 1, automne 2002, Lux Éditeur).
Il fera paraître une dizaine d’albums durant cette décennie, dont S.O.S. (1971) et l’étonnant Dieu ne se mange plus (1973, avec ses complices Gilles Valiquette aux guitares et le claviériste et arrangeur Richard Grégoire).
Devenu veuf au milieu des années 1970, à la suite du décès de sa femme Claire, il lançait Migration, un album où sa profonde tristesse d’alors s’entend.
Suivent Le temps d’aimer (1977), qui comprend les succès Voyez-vous le temps qu’il fait et Rose chair de femme, puis Le cœur plus chaud (1978) et Passage (1980), sur lequel se trouvent Vodka-Cola et Salut Léon.
Enfin, il revient avec Maudit que j’m’aime (1982), avec ses succès Soleil Soleil et Happy Song.
L’ombre et le retour vers la lumière!
En 1983, alors que l’industrie de la musique traverse une période particulièrement difficile, il prend la décision de quitter le devant de la scène. Durant cette période, il a notamment traversé l’Atlantique en voilier.

Alors qu’il vit complètement à l’écart des projecteurs, ses compositions connaissent un regain de popularité au début des années 2000. Sylvain Cossette reprend son immense succès Pas besoin de frapper pour entrer.

En 2003, le gagnant du premier Star Académie, Wilfred LeBouthillier, réinterprète Amène-toi chez nous. L’année suivante, le télé-crochet choisit l’hymne souverainiste Un nouveau jour va se lever comme chanson-thème de sa deuxième édition.
Un grand retour et un rêve inachevé!
Surfant sur cette vague, il avait renoué avec son métier. En 2015, Jacques Michel avait fait un retour avec l’opus Un nouveau jour, participant aux FrancoFolies de Montréal et partant sur la route à la rencontre de ses admirateurs.
En 2019, il avait fait paraître Tenir, un premier album de chansons originales en plus de 30 ans et la pandémie ne l’a pas arrêté, puisqu’il s’est produit une quarantaine de fois sous les projecteurs.

Jacques Michel a rêvé d’un Québec indépendant ; sur la chanson titre de l’album, édité chez Audiogram, il clame, un brin de nostalgie dans la voix, mais toujours porté par l’espoir : « Nous étions jeunes, nous étions beaux / Nous étions fiers et marginaux / L’avenir ne nous faisait pas peur / Suffisait d’y mettre du cœur / Tenir le coup / Sans jamais fléchir les genoux / Nous désirions par-dessus tout / Devenir maîtres chez nous ».
« On voulait un pays qui s’appelle le Québec, tout simplement. Je le veux encore. Je change pas d’idée là-dessus », disait-il à Sylvain Cormier du Devoir en juin 2022, à l’occasion d’un concert présenté à l’affiche des Francos de Montréal.
2022 – Francofolies de Montréal Photo Agence QMI, TOMA ICZKOVITS
Un grand auteur-compositeur-interprête couronné de nombreux prix!
L’auteur-compositeur-interprète a reçu de nombreux prix en carrière. Au sommet de sa popularité, il avait représenté le Canada au Festival international de la chanson populaire de Tokyo, arrivant en deuxième place avec Un nouveau jour va se lever. Jacques Michel avait été fait chevalier de l’Ordre national du Québec en 2007. La Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ) lui a décerné le prix Sylvain-Lelièvre pour l’ensemble de sa carrière en 2020. Le Rassemblement pour un Pays Souverain avait souligné son engagement de longue date pour le mouvement indépendantiste l’an dernier.
Photo: Patrick Seguin / Groupe TVA
Infatigable malgré la maladie!
Infatigable, à 83 ans, il brillait en solo pour la première fois dans le spectacle Seul à seuls, mais avait dû cesser les représentations en raison de la maladie en juillet 2025. Son tout dernier spectacle aura eu lieu à l’Auberge de l’Île du Repos, à Péribonka, le 26 juillet de la même année.
Le plus triste, c’est qu’en début d’année, sur Facebook, Jacques Michel était plein d’espoir malgré son état de santé. Il écrivait le 2 janvier dernier : « L’année qui vient de se terminer a été difficile, mais 2026 s’ouvre avec une éclaircie, et j’ai bon espoir que cela continue ainsi. Je vous remercie pour vos pensées, votre présence et tous les messages que vous m’avez envoyés. Votre soutien compte énormément pour moi ».
Les funérailles sont prévues au début avril dans la région de Québec. Les détails concernant la date et le lieu seront connus plus tard.

Repose en paix, Jacques Michel!
(Sources : Page Facebook de Jacques Michel, le Devoir, La Presse canadienne, La Presse, QUB, Radio-Canada et Wikipédia)
Pour un monde meilleur!
Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone
INFOGRAPHE: MURIEL MASSÉ
WEBMESTRE: MARCO GIGUERE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
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