SLOAN – Studio TD
Vendredi le 6 mars 2026
Publié le 9 mars 2026
Texte/Photos/vidéos: Glen Bourgeois
Je dois avouer mon fanatisme pour le quatuor canadien Sloan. Je ne compte plus le nombre de spectacles et performances auquels j’ai assisté (facilement au-delà de 15 fois). Les membres du groupe (ainsi que des membres de leur équipe) me reconnaissent déjà de longtemps lorsque je m’approche.
Le cynique pourrait m’accuser de favoritisme envers un groupe qui s’est formé en Nouvelle-Écosse (ma province natale). C’est possible, bien que le quatuor qui réside maintenant au grand Toronto a vu un succès démarqué à travers le pays (et même au Japon et en Australie). Leur apogée vers la fin des années 90 a vu des tubes tels Money City Maniacs, The Good in Everyone, Everything You’ve Done Wrong et The Lines You Amend. Les albums Twice Removed (1994) et One Chord to Another (1996) apparaissent aux palmarès d’albums canadiens classiques presque depuis leur parution.
1997 – la chanson, la 6e place au palmarès en 1996
Le groupe s’est ensuite vu acquérir une grande somme d’argent suite à la license de sa pièce Money City Maniacs pour une annonce de la bière Labatt Bleue. Les recettes leur ont permis de racheter les droits d’auteur de leur catalogue. Depuis ce temps, le groupe continue à publier des albums à sa propre étiquette de disque et à se présenter sur scène en Amérique du nord. Le 14e album, Based on the Best Seller, est paru en septembre l’an dernier et fait sujet de la tournée présente À Tour de Force qui tire à sa fin.
Surprise. Apprendre que Sloan n’est pas un nom courant à Montréal, malgré leur succès et leur présence continue au circuit canadien des tournées. Sauf peut-être au Québec: leur dernier spectacle à Montréal était en 2023 et celui d’auparavant en 2018 (tous deux au Café Campus). C’est pendant le spectacle du vendredi soir 6 mars que le bassiste et maître de cérémonie Chris Murphy demande au guitariste Patrick Pentland leur historique dans cette ville. Premier spectacle? Aux Foufounes. À leur apogée? Le Spectrum. (Et bien, le site web setlist.fm note leur spectacle au Metropolis en 2000. De plus, leur présence comme un des groupes d’ouverture pour la formation britannique Oasis au Centre Molson en 2002. Autant en première partie de Lenny Kravitz, au Centre Bell en 2008).
Lorsque j’ai vu l’annonce du spectacle pour le Studio TD (qui peut accommoder environ 600 personnes) et le prix des billets, j’ai hésité: est-ce que le groupe craignait un déficit? Est-ce que je verrais la salle du Studio TD presque vide? Je n’ai vu que des artistes jazz auparavant dans cette salle… comment serait la sonorisation pour un spectacle rock à bien de décibels?
Et bien, le Studio TD était bien rempli et la sonorisation était excellente sans assommer. (L’éclairage, par contre, était de style intime… presque trop pour des photos et vidéos.) Comme on pourrait s’attendre d’un groupe des années 90, le public était davantage dans leur quarantaine ou cinquantaine. Et très enthousiaste! Il y avait quand même plusieurs ados et jeunes adultes et un en particulier, obtint une réponse de Chris en mi-spectacle: « Ce jeune en avant de l’estrade veut une chanson du nouvel album! Pourquoi tu ne portes pas un de nos t-shirts? Ils sont en vente là-bas…» Deux jeunes hommes devant moi pendant une partie du spectacle (je me suis déplacé à plusieurs reprises afin de prendre des photos et vidéos) m’ont fasciné par leur façon de caresser le menton en fixant la scène… Peut-être verra-t-on un jeune groupe montréalais de style semblable sous peu?

La formule des tournées d’album pour Sloan s’est pas mal standardisée au fil des ans. En début de tournée, le nouvel album est joué au complet. Vers la fin (comme ce spectacle), à peu près la moitié de l’album est remplacée de succès familiers et pièces fétiches de l’auditoire. Il faut dire que l’album a dû bien être apprécié cette fois, car huit des douze pièces sont toujours au répertoire. Quant aux succès passés? Il y en a quelques uns, mais pas tous. Toutefois, la performance du groupe est bien plus raffinée rendu en fin de tournée et les pièces rock percutent tandis que les ballades coulent comme de l’eau.

Quand même, on me réserve encore des surprises. Une version vive et accélérée de la pièce All I Am Is All You’re Not (rarement jouée) réveille bien plus que sa version studio à l’album Parallel Play (2008). On croiriait un extrait de leurs premiers disques!
L’autre guitariste du groupe, Jay Ferguson chante la pièce fétiche Snowsuit Sound comme premier rappel. Elle entraîne toujours autant qu’à sa première parution sur l’album Twice Removed en 1994. De sa part, Andrew file rapidement de No Damn Fears (de l’album récent) à la briève I Can’t Sleep (de Never Hear the End of It, première “renaissance” du groupe en 2006). Et quelques pièces qui semblent n’avoir jamais quitté le setlist sont soudainement disparues. (On pense à Coax Me, Everything You’ve Done Wrong et Who Taught You to Live Like That? entre autres. En toute honnêteté, Sloan a publié tant de pièces excellentes aux trois derniers albums que ces pièces ne me manquent aucunement.) D’autres sont absolument nécessaires, c’est compris: The Other Man, Money City Maniacs et Underwhelmed. Cette dernière fut le premier extrait (et premier succès) du groupe et n’est accompagnée que d’une seule autre pièce de l’album Smeared (1992), soit Take It In. Mais grosso modo, Sloan semble comprendre qu’il s’agit d’un auditoire de maniaques et pas des gens qui ne connaissent qu’une ou deux pièces de son répertoire.
Après avoir assisté à bien des spectacles de Sloan au fil de ans, ceux des dernières années me semblent démontrer une renaissance récente du groupe. Les membres diraient que rien n’a vraiment changé au fil de leur carrière de plus de 30 ans. D’une façon, ils auraient raison. On y voit toujours les mêmes quatre membres du groupe (maintenant avec le claviériste/choriste Gregory MacDonald comme musicien d’accompagnement). Ils écrivent tous. Ils chantent tous. Ils jouent tous la guitare à leur tour en spectacle (sauf Chris, qui demeure sur la guitare basse lorsqu’il n’est pas à la batterie pour les chansons du batteur régulier, Andrew Scott).
Beatles, vous dites? Andrew a écrit bien plus de tounes que Ringo et à certains albums de Sloan, la répartition de pièces est égalitaire entre membres. Ce qui promet une variété autant sur disque qu’en spectacle. Toutefois, les trois albums les plus récents de Sloan (y compris 12 de 2018, Steady de 2022 et le Based on the Best Seller courant) donnent un nouveau souffle au groupe. Suite à deux albums moyenement bons et un album double quasi-expérimental qui permet une face de disque à chaque membre, ce triumvirat récent déborde de bonnes pièces qui occupent à peu près la moitié du spectacle au Studio TD.

La soirée est bien formatisée afin de s’assurer une représentation du nouveau disque. Avant que le groupe embarque sur scène, on roule une bobine de fausses bandes-annonces à l’arrière-plan comme en salle de cinéma. Chaque membre a droit à sa propre bande-annonce pour une chanson de l’album et chacune de ces pièces est également jouée en soirée. Est-ce que le groupe est devenu aussi prévisible que les bandes-annonces de cinéma? Si on s’attend de “fiable” comme prévisible, alors oui.

On pourrait dire que le son Sloan s’est standardisé depuis 2006, mais c’est toujours bien composé et exécuté. De plus, l’abondance de pièces récentes lors de ce spectacle m’a donné le sentiment de voir quelque chose de nouveau. L’auditoire a dévoré le tout comme des pains chauds. Comme chacun était venu voir des amis de longue date nous chanter nos souvenirs. Ça me surprend toujours qu’il y a des gens qui ne connaissent pas ce groupe canadien qui existe depuis plusieurs décennies. Auraient-ils oeuvré dans l’ombre d’autres groupes canadiens populaires de l’époque tels les Barenaked Ladies et The Tragically Hip? Il y a bien de quoi à découvrir.
Quant à la discographie du groupe, le tout (ou presque) est disponible pour écoute gratis au site sloanmusic.bandcamp.com. Quant au spectacle, en espérant de les voir lorsqu’ils reviennent lors du prochain album studio… dans deux ou trois ans, environ.
Pour un monde meilleur!
Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone
INFOGRAPHE: MURIEL MASSÉ
WEBMESTRE: MARCO GIGUERE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
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