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From Genesis to Revelation

Analyse du coffret From Genesis to Revelation

8/10 – Une redécouverte historique! Et quelques surprises!

Publié le 21 octobre 2026

Par : André Thivierge

Redécouvrir le premier album de Genesis longtemps considéré comme une oeuvre mineure.

Connaissez-vous l’album From Genesis to Revelation?

Il s’agit du tout premier album de Genesis, dont les membres étaient encore de jeunes étudiants de 18 ans. Anthony Banks (clavier), Peter Gabriel (voix), Anthony Phillips (guitare) et Michael Rutherford (guitare et basse) accompagné de l’éphémère batteur Jonathan Silver étaient déjà de prolifiques compositeurs qui ont été repérés par Jonathan King qui a agi comme leur premier gérant.

Ce dernier leur a donné leur nom d’artiste (Genesis) et a proposé d’offrir un album concept basé sur un thème biblique.  From Genesis to Revelation devait raconter l’histoire de l’humanité, un concept très large.

À l’époque plusieurs des pièces composées par Genesis en prévision du premier album n’ont pas été choisies par King car elles n’étaient pas suffisamment commerciales selon lui.  King trouvait que le groupe était déjà très fort en composition mais était très inexpérimenté musicalement. C’est pourquoi, il a privilégié une approche plus acoustique. King les encourageait à garder leurs compositions simples, basées sur la guitare acoustique et le piano. Banks voulait jouer l’orgue, ce qui n’était pas encouragé par King.

Malheureusement, l’ajout de cordes et de cuivres aux chansons ont minimisé leur potentiel et fait passer le groupe comme un pastiche des Bee Gees ou des Moody Blues. Comme le budget d’enregistrement était minime, on utilisa une console 4 pistes et compressa la bande d’accompagnement (basse, batterie) sur une piste en mono afin de faire de la place pour les cordes (1 piste).  Le piano, la guitare et la voix de Peter ont été compressés sur les deux pistes restantes ce qui affecta la qualité du son.

Les membres du groupe ont été découragés et déçu à l’époque par la décision de King d’ajouter des cordes et cuivre sur l’ensemble de l’album. Phillips en particulier était choqué par l’effet des cordes sur la musique. Il a souligné en entrevue que la production de King n’a pas aidé la musique. Les musiciens ont qualifié le son d’ensemble de désastreux.

L’album, auquel on proposa une pochette sombre, avec une couverture à l’allure de livre religieux sans crédit d’artiste est sorti en 1969 avec une approche étant tout le contraire des règles de base du marketing.  Celle-ci a fait en sorte que plusieurs magasins de disques ont classé l’album dans leur section Religion. La compagnie de disque Decca en vendra 650 copies à l’origine et disparaitra aussi rapidement qu’il a été lancé.

Un coffret consacré à un album, Genesis tente l’expérience pour une 2e fois.

Alors que plusieurs groupes rock et progressifs tels que Pink Floyd, Led Zeppelin, Yes, Queen, Rush et autres ont offert au fil des années de nombreux coffrets augmentés de leurs albums, ce fut moins la tasse de thé de Genesis.

Le groupe a finalement cassé la glace l’an dernier après avoir lancé un coffret pour souligner le 50e anniversaire de son album double culte, The Lamb Lies Down On Broadway.  Cet effort a été applaudi par les nombreux fans de Genesis pouvant pour la première fois apprécier d’entendre une oeuvre complète et de nombreux inédits.

Quelle ne fut pas la surprise d’apprendre que Genesis poursuivrait ses efforts avec le mal aimé premier album, From Genesis to Revelation.

La fin d’une guerre de droits de 50 ans entre le producteur de cet album et les membres du groupe.

Depuis 1969, le premier producteur du groupe, Jonathan King, détenait l’entièreté des droits de ces enregistrements.

Jonathan King

Il avait multiplié les rééditions à petit budget (souvent sous d’autres titres comme In the Beginning ou And the Word Was…) sans jamais demander l’avis du groupe.

Certaines images utilisées pour ces rééditions étaient chronologiquement incorrectes alors que l’on voyait par exemple Peter avec son costume de fleurs (qui correspond à la période Fox Trot de 1972 et la chanson Supper’s Ready).

Vente des droits de l’album

Au cours des années 2020, Jonathan King a finalement accepté de céder et de vendre les droits de propriété de l’album. C’est l’étiquette indépendante britannique Cherry Red Records (via sa filiale Esoteric Recordings) qui s’est porté acquéreur de ce catalogue historique.

Contrairement à King qui privilégiait des rééditions opportunistes à petit budget, Cherry Red a immédiatement choisi de faire les choses dans les règles de l’art en intégrant pleinement le groupe au projet.

Le partenariat et le droit de regard accordés aux musiciens

Une fois que Cherry Red a possédé les bandes et les droits, elle est allé à la rencontre des membres fondateurs originaux de Genesis, Peter Gabriel, Anthony Phillips, Tony Banks et Mike Rutherford et leur a proposé un accord de collaboration : en échange de leur validation officielle et de leur participation (entretiens, textes, accès aux archives personnelles), les musiciens ont obtenu un droit de regard artistique total qu’ils n’avaient jamais eu en 50 ans. C’est ce qui leur a permis d’imposer l’ingénieur du son Stephen W. Tayler et d’ordonner le gommage des arrangements orchestraux qu’ils détestaient tant.

C’est donc l’intermédiation respectueuse de Cherry Red Records qui a agi comme le catalyseur, permettant au groupe de reprendre le contrôle de son œuvre de jeunesse.

Une symbiose entre les membres fondateurs du groupe et l’ingénieur du son Stephen W Tayler .

Les quatre membres originaux survivants ayant enregistré l’album en 1969 ont été directement impliqués et ont pleinement collaboré à la création de ce coffret. C’est une première historique, car le groupe avait longtemps renié cet album en raison des manipulations de leur premier producteur.

L’objectif principal de la réédition — mettre en avant les performances musicales du groupe en réduisant la présence des cordes ajoutées à l’époque — découle directement de leurs propres frustrations historiques. Ant et Tony avaient souvent regretté que le mixage de 1969 dilue et dénature leurs compositions originales.

Bien que les membres du groupe aient validé le projet avec enthousiasme, les notes de pochette révèlent que le groupe n’a pas mis les pieds en studio pour le remixage. L’ingénieur du son a accompli ce titanesque travail d’isolation des pistes de manière totalement indépendante. Il envoyait ses versions finalisées aux musiciens qui, selon ses dires, n’ont émis quasiment aucune correction ou note de modification, lui accordant une confiance aveugle face au résultat impressionnant.

Stephen W Tayler

Ce que contient le coffret de 5 CD 

Le travail de restauration mené par l’ingénieur du son Stephen W Tayler se décline en plusieurs disques pour offrir l’expérience la plus complète possible :

Nouveaux mixages stéréo et Dolby Atmos : L’album original ainsi que les premiers simples et démos ont été entièrement remixés à partir des bandes multipistes originales (disque 1). Première surprise, on y retrouve une version de travail primitive encore jamais dévoilée : Visions Of Angels (Version alternative inédite) : Il s’agit d’un enregistrement précoce de ce morceau, bien avant qu’il ne soit réenregistré officiellement en 1970 pour leur second album, Trespass.

Le mixage d’époque : La version originale de 1969 (mono et stéréo) est incluse pour permettre la comparaison (disques 2 et 3).

Titres bonus et raretés : Le coffret intègre un CD entier (disque 4) entièrement dédié aux démos de 1967 et 1968 dont une dizaine qui avaient déjà paru dans le coffret Genesis Archives Vol.1 en 1998. Parmi cette sélection, deuxième surprise, on retrouve quatre démos totalement inédits et spécialement mixés pour l’occasion dont une surprenante version longue de la chanson A Place To Call My Own renommée Epic.

Disque 5 (Blu-ray) : Le mixage haute définition Dolby Atmos et 5.1 Surround, accompagné du film exclusif des retrouvailles de Peter Gabriel, Tony Banks et Mike Rutherford le 14 avril 2026 aux AIR Studios de Londres (à noter que l’autre membre original, Anthony Phillips était absent en raison d’un conflit d’horaire majeur). Leurs retours et réactions au cours de cette discussion mettent en avant plusieurs éléments :

Une réconciliation avec leur passé : Le trio exprime un soulagement de voir les fioritures orchestrales d’époque (les cordes ajoutées par Jonathan King) enfin repoussées au second plan. Tony et Peter valident le fait que ce mix met enfin en valeur l’interaction brute et pure de leurs instruments (notamment le piano de Banks et le chant de Gabriel).

La nostalgie de l’écriture : En écoutant le travail de restauration de Stephen W Tayler, ils commentent avec humour et émotion leur propre naïveté technique de 1969 tout en saluant la maturité précoce de leurs structures mélodiques alors qu’ils n’étaient que de jeunes étudiants.

Livre souvenir : Le coffret intègre un livret riche en photos rares, accompagné de notes de pochette détaillant la genèse difficile de ce premier opus. Les quatre musiciens ont activement contribué au livre illustré de 68 pages inclus dans le coffret. L’essai historique approfondi rédigé par Jon Dann est enrichi de témoignages inédits, d’anecdotes et de commentaires fournis directement par ceux-ci pour replacer ce premier opus dans son contexte créatif de l’époque.

Appréciation générale du coffret : Une redécouverte historique!

L’écoute du remixage de 2026 est éloquant. On remarque la clarté et l’immédiateté du son qui permettent enfin d’entendre le talent brut de musiciens alors âgés de seulement 18 ans. Le mixage d’origine de 1969 (orchestré à l’époque par Jonathan King) était historiquement jugé désastreux et surchargé en cordes.

Le nouveau travail d’ingénierie sonore réalisé par Stephen W Tayler pour ce coffret nous offre une véritable redécouverte de l’œuvre, que l’on peut qualifier de premier mixage professionnel de l’album.  Même si on est encore loin des chefs d’oeuvres de rock progressif des albums à venir, le nouveau mixage permet d’apprécier la qualité de l’écriture et le potentiel initial des musiciens à leurs débuts.

Alors que l’album original était souvent rejeté parce qu’il ne ressemblait pas au « vrai » Genesis progressif des années 70, on peut mieux apprécier sa pop-folk psychédélique typique de la fin des années soixante, en comparant certaines harmonies vocales à celles des premiers Bee Gees.

Il faut souligner aussi la mise en valeur de la section rythmique sur les nouveaux mixages ce qui met en lumière le travail des deux premiers batteurs éphémères du groupe, Chris Stewart, qui jouait sur les premiers démos et simples de Genesis en 1967 et 1968 et John Silver, le batteur attitré de l’album.  

Et quelques surprises appréciées!

Le morceau Visions of Angels et les démos de travail d’août 1968, dont Epic, constituent les plus grandes révélations de ce coffret, car ils dévoilent des pans entiers de l’évolution créative du groupe.

Le cas exceptionnel de Visions of Angels. Ce titre est un véritable voyage dans le temps pour les fans.

La version connue (1970) : Les amateurs de Genesis connaissent ce morceau comme l’un des titres phares de leur deuxième album, Trespass. Il y est joué avec de grandes envolées progressives, des orgues puissants et le jeu de batterie lourd de John Mayhew.

La version inédite du coffret (1968) : Cette version alternative présente sur le disque 1 a été enregistrée deux ans plus tôt, durant les sessions du premier album. Elle se démarque par son approche beaucoup plus épurée, folk et acoustique. Dénuée de toute fioriture ou surcharge, elle permet d’entendre la texture vocale incroyablement pure de Peter Gabriel à l’âge de 18 ans et met en valeur la complicité guitaristique originelle d’Anthony Phillips et Mike Rutherford.

La démo d’août 1968 : Epic (A Place To Call My Own) – Non disponible sur les chaînes d’écoute ni sur YouTube

Le morceau Epic est l’un des quatre enregistrements de travail majeurs du coffret. Sa particularité réside dans sa structure et sa longueur :

Un squelette de rock progressif : En août 1968, Genesis teste en studio ses compositions sous forme de longues ébauches de travail, souvent appelées « Epics » par les jeunes musiciens en raison de leurs structures.

Plus longue que la version finale : Dans la version commerciale d’origine de 1969, le producteur Jonathan King avait drastiquement édité et raccourci le morceau pour le faire entrer de force dans un format de chanson pop standard (le morceau finalisé est d’ailleurs renommé A Place To Call My Own et dure à peine deux minutes).

La démo inédite restaurée (non disponible sur YouTube) dévoile enfin la composition telle que le groupe l’avait imaginée au départ. Elle est nettement plus longue, car elle intègre des sections instrumentales au piano de Tony Banks et des transitions de guitare acoustique qui avaient été purement et simplement coupées au montage d’époque. C’est l’un des tout premiers témoignages audibles du groupe s’essayant aux longues pièces narratives qui feront leur gloire dans les années 70. 

Les trois autres démos de travail enregistrées en août 1968 aux côtés d’Epic sont Am I Very Wrong?, In Limbo et The Conqueror. Elles ne sont pas non plus disponible sur YouTube. Voici en quoi elles sont intéressantes : 

Am I Very Wrong? (Version dénudée) : Dans la version finale de 1969, ce morceau était l’un des plus lourdement surchargés par les cuivres et les arrangements orchestraux de Jonathan King. La démo d’août 1968 présente le titre dans son plus simple appareil. Sans l’orchestre, elle révèle une atmosphère folk sombre et mélancolique, portée uniquement par les harmonies vocales de Peter Gabriel et la guitare acoustique d’Anthony Phillips, changeant totalement la perception du morceau.

In Limbo (L’énergie rock retrouvée) : Cette démo de travail montre un Genesis beaucoup plus énergique et rythmé que ce que la production de l’époque laissait transparaître. Libéré des arrangements qui l’étouffaient, le morceau met en avant la vraie dynamique du groupe et permet d’entendre clairement la basse de Mike Rutherford et le piano de Tony Banks guider le morceau avec une ferveur presque garage-rock.

The Conqueror (La construction rythmique) : Tout comme les autres démos de cette session, cette version montre le groupe en train de chercher ses marques en studio. Elle est particulièrement précieuse pour les fans car elle dévoile les fondations rythmiques du morceau avant que les éditions et les coupes de production ne viennent en figer le format pour l’album officiel.

Ces pièces d’archives, restaurées par Stephen W Tayler, permettent de comprendre ce qu’était le vrai son de Genesis en 1968 : un groupe de jeunes musiciens talentueux, complices, et résolument tournés vers un style folk-pop acoustique et complexe, bien loin du produit orchestral « variété » qui avait été commercialisé en 1969

En résumé, j’accorde la note de 8 sur 10 à ce coffret permettant une redécouverte historique pour les raisons suivantes : 

La correction du son : Le travail de Stephen W Tayler est révélateur car en reléguant les cordes intrusives au second plan, le mixage moderne révèle enfin la clarté, la fraîcheur et la dynamique pop-folk du groupe. 

Une valeur historique inestimable : La présence des quatre démos totalement inédites (notamment la version primitive d’Epic) et la version épurée de Visions of Angels est indispensable. Le coffret documente parfaitement la genèse et les premiers éclats créatifs de ce qui allait devenir un monument du rock progressif.

Le caractère officiel et complet de l’archive : Après 50 ans de rééditions bon marché non approuvées par le producteur d’origine au dépend des artisans musicaux de l’époque, l’intégration des mixages originaux (mono et stéréo), le livre fouillé de 68 pages et le film des retrouvailles des musiciens en font la version définitive et ultime que cet album méritait depuis toujours. 

Quelques bémols!

Toutefois, ce qui m’empêche de donner une note parfaite à cette réédition, c’est qu’il faut se procurer un coffret de 5 disques pour pouvoir écouter les passages les plus intéressants.  Malheureusement, il n’y a pas d’édition de 2 disques comprenant les nouveaux mixages et les démos. 

Même sur les chaines d’écoutes en continue (comme Spotify et Apple Music) ainsi que sur YouTube, seul le disque des nouveaux mixages est disponible, pas les démos (dont Epic). Même chose en ce qui concerne les entrevues les 3 musiciens d’origine. Il s’agit d’une approche de la compagnie Cherry Red pour inciter les fans à dépenser pour obtenir le coffret physique ce qui rendra celui-ci rare et augmentera sa valeur avec le temps.

 

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