Explora-Rock 71
Brian Auger
Publié le 5 août 2026
Par Sylvain Larouche
Salut et bienvenue encore une fois dans l’univers de ma chronique Explora-Rock. Merci énormément de vos commentaires, c’est toujours pertinent et bienveillant. Aujourd’hui, je vous présente ce brillant musicien, virtuose des claviers, Brian Auger.

Né à Londres en 1939, il a grandi dans un contexte musical très riche. Selon ses propres récits, durant la Seconde Guerre mondiale, sa famille possédait un piano mécanique, dès tout-petit, il s’amusait à actionner les pédales pour animer les rouleaux, ce qui lui a sans doute offert une familiarité très précoce avec le clavier.
Il s’est inscrit très jeune dans le monde du jazz : à l’adolescence, il écoutait les radios américaines, notamment les émissions des forces armées et absorbait les sons de pionniers comme Miles Davis, John Coltrane, Bill Evans, tout en étant profondément inspiré par des organistes de soul jazz tels que Jimmy Smith, Jack McDuff, Jimmy McGriff.
À l’adolescence, il joue dans un premier groupe de jazz : vers 15 ans, il est déjà pianiste dans un combo qui se produit dans des clubs londoniens, notamment le Cottage Club. Il côtoie des musiciens de renom, et très tôt, l’importance de la scène jazz londonienne se révèle à lui.
Vers ses débuts, il est influencé non seulement par le jazz mais aussi par le R&B : il cite des pianistes comme Oscar Peterson, Hampton Hawes, Red Garland, et des figures plus modernes comme McCoy Tyner et Herbie Hancock; les techniques harmoniques des pianistes et la vigueur rythmique du R&B vont lui donner une voie artistique toute personnelle.
Un tournant s’opère quand, vers le milieu des années 1960, Auger découvre l’orgue Hammond B3. Il était alors relativement rare dans la scène britannique à cause de sa taille et de son poids, mais il décide de l’adopter, très inspiré par Jimmy Smith.

Dans les clubs de Soho, Auger devient rapidement un nom à connaître. Il joue au Flamingo, au Ronnie Scott, dans divers lieux mythiques du jazz londonien. Il monte un trio piano/contrebasse/batterie avec Rick Laird à la basse et Phil Kinorra à la batterie : ils parcourent la scène jazz et accompagnent d’importantes figures, parfois dans des concerts d’ouverture pour des stars qui tournent en Europe.
En 1964, il remporte des distinctions auprès du public anglais : par exemple, il gagne des prix du Melody Maker dans des catégories jazz. Cette reconnaissance précoce valide son talent dans la scène jazz. Un épisode marquant de cette période : lors d’un concert, on lui demande de remplacer au pied-levé le pianiste Georgie Fame, mais il découvre qu’l n’y a pas de piano seulement un orgue électrique Hammond M3. Il s’en sort brillamment et peu après, décide d’acheter son propre orgue.
En 1965, Brian Auger entre en studio comme musicien de session il joue au clavecin sur le célèbre simple For Your Love des Yardbirds, car l’orgue n’était pas disponible. Sa partie est reconnue comme l’un des éléments les plus originaux de la pièce.
La même année, il fonde un groupe très important : Steampacket, avec Long John Baldry, Julie Driscoll, Vic Briggs et Rod Stewart. Ce collectif, plus qu’un simple groupe, fonctionnait presque comme un spectacle, avec plusieurs chanteurs.
1965 – Rod Stewart, Long John Baldry, Julie Driscoll et Brian Auger. Photo: Dezo Hoffman
Steampacket ne sort pas d’album officiel à l’époque en raison de contrats compliqués, mais pose les fondations d’un son très novateur : le mélange du jazz, du blues, du RB et du rock.
Quand Steampacket se dissout, Auger décide de poursuivre sa vision avec une formation plus centrée : il crée Brian Auger & The Trinity, avec Julie Driscoll au chant. Le nom Trinity symbolise cette fusion de trois mondes ; le jazz, le blues/soul, et le groove contemporain. Avec la Trinity, Auger et Driscoll enchaînent des singles et des albums. L’un des plus marquants est leur reprise de Bob Dylan, This Wheel’s on Fire, qui devient un hit au Royaume-Uni (classement autour du Top 5).
1969
Leur album Streetnoise (1969) est très loin d’être conventionnel, il mêle improvisation, chansons, passages instrumentaux, et montre la grande polyvalence d’Auger. Pendant cette période, Auger joue lors d’un épisode de la télévision américaine ; lui et Driscoll apparaissent dans un spécial des Monkees, 33 ⅓ Revolutions per Monkee, où il incarne un « professeur psychédélique » derrière son orgue dans une scénographie futuriste.
À la fin des années 1960, Julie Driscoll quitte la Trinity et Auger saisit l’occasion pour réinventer son groupe. Il monte le projet Oblivion Express, qu’il conçoit comme une plate-forme pour explorer le jazz fusion, en y injectant des éléments groovy issus du R&B et du funk.

1970

Parmi ses influences, il mentionne le tournant de Miles Davis avec In a Silent Way ; il veut faire de l’Oblivion Express une sorte de laboratoire musical, mais avec une âme accessible. Les premiers albums fusion ne connaissent pas tout de suite un énorme succès commercial, mais avec des disques comme Second Wind, le groupe trouve une forme d’équilibre sonore, notamment grâce au chanteur Alex Ligertwood, dont la voix est perçue par Auger comme un instrument à part entière.
La musique d’Auger avec l’Oblivion Express est caractérisée par des compositions originales et des reprises inspirées ils revisitent Marvin Gaye (Inner City Blues), Wes Montgomery (Bumpin’ on Sunset), Eddie Harris et Les McCann (Compared to What)… Le tout avec cette patine jazz-funk et un sens très affirmé du groove.
1972
1975
Alex Ligertwood – chanteur, Jack Mills – guitariste, Barry Dean – bassiste, Steve Ferrone – batteur et Brian Auger – organiste/claviériste
Parallèlement à ses groupes, Auger continue d’être un musicien de session très recherché. Il a joué avec des géants ; John McLaughlin, Jimi Hendrix, Tony Williams, Billy Cobham, Carlos Santana, entre autres. Sa réputation grandit, non seulement il maîtrise l’orgue Hammond, mais il peut passer au piano, au synthétiseur, à l’électrique, toujours avec beaucoup de musicalité.
Dans les années 1980, il prend un peu de recul selon sa biographie, il s’installe pour un temps en Californie, où il suit des cours de musique au Marin College et à la San Francisco State University. Il y enseigne implicitement par son travail et s’investit dans la scène locale.
En 1989, un autre rôle important lui est confié directeur musical pour une série télévisée allemande, Villa Fantastica. Dans ce cadre, il organise des sessions, compose, et joue en live. L’enregistrement de la série donnera lieu à un concert live, le double album Super Jam, avec des musiciens comme Pete York (batterie), Dick Morrissey (sax), Roy Williams (trombone), Maria Muldaur ou Zoot Money au chant.
Au début des années 1990, Brian Auger collabore avec Eric Burdon (ex-Animals) ils forment un groupe ensemble, Eric Burdon/Brian Auger Band et tournent pendant plusieurs années. En 1993, ils publient un album live, Access All Areas.
1991
1992
Vers le milieu des années 1990, un autre virage se produit il reforme l’Oblivion Express, mais cette fois avec sa famille. Son fils Karma Auger joue de la batterie, sa fille Savannah chante. Cette décision montre à quel point Auger voit la musique comme une affaire intergénérationnelle, un héritage à transmettre.
Au fil des années, le line-up évolue, mais l’esprit reste le même, Auger emmène ses proches dans le sillage de sa passion, tout en gardant une exigence artistique très élevée. Il est souvent qualifié de père fondateur de l’acid jazz « Godfather of Acid Jazz ».
Ses albums des années 1970 avec l’Oblivion Express ont inspiré de nombreux artistes et plusieurs de ses morceaux ont été samplés par des groupes plus récents (notamment dans le hip-hop, le nu-jazz). Son style est caractérisé par un mélange très fluide ; il combine la rigueur harmonique du jazz classique avec la pulsation du R&B, la modernité de la fusion et l’énergie du rock. Il n’a jamais cherché à se conformer aux attentes commerciales, mais plutôt à créer des ponts entre les genres et à explorer de nouveaux territoires.
Il a également reçu des prix et des hommages selon certaines sources, il a été désigné « organiste jazz » dans des magazines spécialisés et son travail est célébré depuis des décennies par un public nombreux et fidèle. Même si Auger est surtout connu pour ses groupes, il a sorti quelques projets solos. Parmi eux, Language of the Heart (2012) se distingue : c’est un album dans lequel il chante, joue des claviers et écrit des chansons.
Il s’entoure d’invités comme Jeff “Skunk” Baxter et Julian Coryell et met en lumière une dimension très personnelle de son art. Il continue de tourner régulièrement, même à un âge avancé sa longévité sur scène est remarquable.
Il a reformé l’Oblivion Express, notamment avec des musiciens de sa famille, mais aussi des musiciens de longue date comme Alex Ligertwood, ce qui montre qu’il n’a jamais abandonné ni sa passion ni sa créativité.
Des rétrospectives de carrière ont vu le jour avec des anthologies tel que Back to the Beginning compilent des extraits de ses débuts jusqu’à ses projets contemporains, y compris des morceaux rares et des sessions radio. Ce travail d’archivage révèle combien sa musique est vaste et diversifiée.
Brian Auger occupe une place unique dans l’histoire du clavier : il a su lier l’authenticité du jazz à la dynamique du rock et du funk, créant un langage musical qui lui est propre. Il est un innovateur de l’orgue Hammond, mais il ne s’y limite pas il utilise le piano, le synthé, et aborde chaque instrument avec la même sensibilité. Son héritage est double : d’une part, il a inspiré plusieurs générations de claviéristes, surtout ceux intéressés par la fusion ou l’acid jazz ; d’autre part, il a aussi eu un impact sur la scène pop et rock par ses collaborations.
Des artistes comme Jimi Hendrix, John McLaughlin ou Tony Williams ont partagé le plateau avec lui, mais aussi des chanteurs plus populaires comme Rod Stewart dans ses débuts. Il a aussi montré que la famille pouvait être une force dans la musique en intégrant ses enfants dans l’Oblivion Express, il a donné une dimension humaine et intime à son projet, tout en maintenant une qualité musicale très élevée.

La carrière de Brian Auger est exemplaire à bien des égards. Né dans un foyer modeste, influencé par le jazz et la musique populaire américaine, il s’est construit une voix unique en tant que claviériste. Son chemin l’a mené des clubs londoniens à la scène mondiale, des sessions studio avec des légendes aux projets familiaux. Son apport le plus important est sans doute sa capacité à fusionner des mondes musicaux différents sans les diluer.
Il n’a pas abandonné le jazz pour plaire, ni le rock pour vendre ; il a toujours cherché à créer de la musique sincère, intelligente et accessible. Son orgue Hammond, sa créativité, son leadership dans des groupes comme la Trinity et l’Oblivion Express, et son engagement dans sa propre musique démontrent une passion et une intégrité artistique remarquables.
Entrevue juillet 2023
Aujourd’hui encore, Auger continue d’être une source d’inspiration. Sa longévité, sa curiosité et son amour pour l’instrument restent une leçon pour les musiciens ; être soi-même, mais ne jamais cesser d’explorer. Son parcours montre que la musique n’est pas un simple métier, mais une aventure de toute une vie et qu’un artiste, même après des décennies, peut toujours réinventer sa voix.
2025 – spectacle complet
Voilà c’est tout pour cette chronique cette semaine j’ai voulu faire un retour en arrière car ce légendaire virtuose de la B3 qu’est Brian Auger en vaut amplement le détour. Merci à vous tous et je veux en profiter pour souhaiter un merveilleux été ensoleillé ; sortez et surtout allez voir de bons spectacles. À bientôt.
Discographie
– 1970 – Rock Generation, Volume 6: The Steampacket (or the first supergroup)
– 1967 – Open with Julie Driscoll
– 1968 – Definitely What!
– 1969 – Streetnoise with Julie Driscoll
– 1969 – Jools & Brian with Julie Driscoll [Compilation of early singles]
– 1970 – Befour
– 1977 – The Best of Brian Auger [Compilation]
– 1978 – Encore with Julie Tippetts
– 1981 – Search Party
– 1982 – Here and Now
– 1993 – Access All Areas Live with Eric Burdon
– 2003 – Auger Rhythms: Brian Auger’Musical History [Compilation]
– 2005 – Live at the Baked Potato
– 2011 – Mod Party featuring Savannah Grace
– 2012 – Language of the Heart
– 2013 – Train Keeps A-Rolling with Jeff Golub
-2016 – Back to the Beginning: The Brian Auger Anthology
– 9/2016 – Back to the Beginning… Again: The Brian Auger Anthology, Volume 2
– 2018 – Full Circle : Live at Bogies
– 2020 – Introspection [Compilation]
– 2/2022 – Auger Incorporated [Compilation]
– 4/2022 – Search Party
– 9/2022 – Far Horizons – The Trinity Box Set
Avec Oblivion Express:
– 1971 – Brian Auger’s Oblivion Express
– 1971 – A Better Land
– 1972 – Second Wind
– 1973 – Closer to It !
– 1973 – Straight Ahead
– 1974 – Live Oblivion, Vol. 1
– 1974 – Live Oblivion, Vol. 2
– 1975 – Reinforcements
– 1977 – Happiness Heartaches
– 1987 – Keys to the Heart
– 1999 – Voices of Other Times
– 2005 – Looking in the Eye of the World
– 2005 – Live at the Baked Potato
– 10/2015 – Live in Los Angeles (featuring Alex Ligertwood)
– 4/2022 – Looking in the Eye Of The World
– 5/2022 – Voices of Other Times
– 5/2022 – Keys to the Heart
– 7/2022 – Brian Auger’s Oblivion Express Play the Trinity Hits featuring Savannah Grace
Avec CAB : (Tony MacAlpine, Bunny Brunel, Dennis Chambers)
– 2000 – CAB
– 2001 – CAB 2
– 2003 – CAB 4
– 2009 – Theatre de Marionnettes
Filmographie
– 1969 – 33⅓ Revolutions Per Monkee
– 1972 – Brian Auger The Oblivion Express (dir. Tomas Dillen, 31 min.)
– 2005 – Brian Auger: Insights of the Keyboard Master
– 2005 – Live at the Baked Potato
Pour un monde meilleur
Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone
BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
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