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Miles Davis Silent Way

Miles Davis – In A Silent Way
USA 1969 – Label Columbia
Publié le 15 mai 2024

Par Jean Jacques Perez de Marseille

Voila ! nous y sommes ! Pour Miles Davis, un retour en arrière n’est plus possible. Le jazz tel que l’on a connu jusqu’à présent est mort. Flingué par le plus grand des jazzmen en pleine agitation politique et musicale. Les ténors du genre encore de ce monde, s’ils persistent, free jazz compris, sont condamnés à se réfugier sur des petits labels. Les grandes maisons d’édition ne veulent plus de ces musiciens, certes respectés, mais qui incarnent un passé révolu. Columbia, label du grand trompettiste en fait partie. Maintenant l’heure est au jazz fusion, au jazz électrique, au jazz rock.

Déjà en 1968 en plein doute, Miles avait tenté l’expérience de l’électrique sur Miles In The Sky en poussant Herbie Hancock à jouer du piano électrique et en faisant venir le guitariste George Benson.

1967

Miles Davis et Herbie Hancock. Photo : Jan Persson

Pour Filles De Kilimanjaro, imprimé en janvier de l’année suivante en plus d’exploiter le piano électrique, il demande à Ron Carter de troquer sa contrebasse par une basse. Les pas sont toutefois timides. Mais l’expérience mérite d’être approfondie. Pour Miles Davis, à l’évidence c’est la voie à suivre. Chemin qui n’est pas sans conséquence. Ron Carter étant peu à l’aise avec la basse électrique, claque la porte préférant prêter ses services ailleurs.

Occasion pour Miles Davis d’éclater définitivement son deuxième quintet. De celui-ci reste donc le saxophoniste Wayne Shorter, le pianiste électrique Herbie Hancock et le batteur Tony Williams.

Le 18 février 1969, Miles Davis rassemblent ses hommes au Columbia’s 30th Street Studio de New York et fait venir d’autres musicos qu’il a repéré au grès de concerts et qui se sont fait une solide réputation. Ainsi débarquent le pianiste électrique Chick Corea et le contrebassiste Dave Holland, présent sur Filles De Kilimanjaro. Arrivent également deux nouveaux, le guitariste John McLaughlin dont le jeu rappelle pour Miles Davis celui de Jimi Hendrix et l’organiste/pianiste électrique Joe Zawinul, qui a accompagné durant un bon moment le saxophoniste Julian Cannonball Adderley. À noter que ce dernier ne vient pas les mains vides. Il propose au trompettiste une composition qui va donner le nom au disque, In A Silent Way dans les bacs le 30 juillet 1969 avec sur la pochette ce regard déterminé et porté vers l’avenir.

1969 avec son quintette

Bref, sont réunis au studio B du deuxième étage, des égos qu’il va falloir gérer mais surtout qui ne savent pas qu’ils vont révolutionner le monde du jazz et bien au-delà. Certains vont se retrouver avec incompréhension et colère. Mais le résultat va être bluffant. De cette matinée de sessions va accoucher quatre morceaux. Avec l’aide du producteur Teo Macero, Miles Davis va en faire deux compos par un système de collage. Une par face, donc avoisinant chacune les 19 minutes.

Ce disque s’ouvre par Shhh/Peaceful.

Oubliez le prestigieux trompettiste afro-américain complet-veston. Oubliez celui qui fut dans l’âge d’or du jazz accompagné par des grands noms comme John Coltrane, Bill Evans, Julian Cannonball Adderley, Sonny Rollins, Paul Chambers… et qui à ses débuts accompagna le légendaire Charlie Parker. Ici Miles Davis est un homme nouveau. C’est un explorateur et un visionnaire. Et dès la première seconde, il nous le fait comprendre.

Cela débute par un accord d’orgue mystérieux et tenace. C’est du jamais entendu dans le jazz. Vient une guitare troublante qui s’embarque pour un solo bluesy dissonant sous acide dans une ambiance étrange imposée par cet orgue énigmatique et psychédélique. En fond, se trouve ce Charley exotique et entêtant qui met en jambe la musique de Miles Davis à nous plonger dans une transe fascinante.

À l’affut, cette basse au groove discret, en boucle sur deux notes et ces pianos électriques aux sonorités fluides, latines par endroit qui vont introduire le maestro. Sa trompette va élaborer une mélodie vaporeuse et séduisante que l’on retient. Thème que reprendra plus loin le sax aux propos charmeurs et sombres dans un trip plus tribal.

La face B contient In a Silent Way / It’s About That Time. Cela s’ouvre et se ferme par la pièce rapportée de Joe Zawinul. Sauf que cela ne se passe pas comme prévu dans le studio. En effet, à la dernière minute, Miles Davis impose de l’interpréter différemment car il juge les accords du claviériste trop chargés. Le but étant de mettre en avant la mélodie cachée. Bien évidement cela va contrarier l’organiste mais face au patron, il s’écrase. Le boss se tourne vers John McLaughlin et lui demande de jouer comme s’il n’avait jamais touché une six-cordes électrique. Stupéfait, ce dernier s’exécute.

Cela commence donc par ce simple accord de guitare pour une belle introduction rêveuse et planante où le sax et la trompette vont s’envoler dans de doux chorus. Visiblement, Miles Davis a eu du flair. Au milieu, le style est plus funky. Ça swingue pas mal. Les pianos et l’orgue nous plongent dans un climat nébuleux et tropical où cela sent les nuits chaudes et la sueur.

Pour ceux hésitant à s’ouvrir au jazz, In A Silent Way est une bonne porte d’entrée. Car ce disque arrive à point nommé. Au moment où la pop psychédélique mute vers le rock progressif et le hard rock. Mais ce n’est rien comparé à ce qui va suivre.

 

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BANNIÈRE : MURIEL MASSÉ
WEBMESTRE : MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR : GÉO GIGUÈRE

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