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Peter Gabriel album i/o

Analyse de l’album i/0
Sorti le 1er décembre 2023
Publié le 13 décembre 2023
Note 10/10

Par André Thivierge

i/o

Qui ne connaît pas Peter Gabriel ?  Plusieurs l’ont connu comme un artiste solo innovateur mais les plus vieux fans comme moi l’ont d’abord adoré comme leader de Genesis pendant sa période progressive (1967-1975). Après avoir marqué les esprits avec son grand sens de la scène, il quitte le groupe avec fracas avant d’entreprendre en 1977, une carrière solo qui s’échelonnera sur plusieurs décennies mais qui ne comptera que seulement 7 albums de musique originale.

Toutefois, cet artiste multidisciplinaire s’est fait rare ces dernières années. Son dernier album de chansons originales, Up, remonte à il y a plus de 20 ans en 2002. À l’époque, BlackBerry offrait ses premiers téléphones intelligents, Wikipédia commençait à peine à voir le jour et les premiers fichiers MP3 se faisaient entendre. 

Il y a bien eu quelques pièces dispersées ici et là dans les sites d’écoute continue, quelques tournées dont une avec un orchestre classique et une avec Sting en 2016.  Gabriel  a passé ainsi une grande partie des dernières décennies à préserver son héritage : compilations de grands succès, rétrospectives de concerts, réenregistrement de ses chansons les moins connues, enregistrement de ses chansons les plus célèbres par d’autres artistes, reprises de ses chansons préférées par d’autres artistes, et ainsi de suite. 

Avec le temps, il était légitime de se poser des questions sur sa voix, qui a habituellement tendance à s’affaiblir et à perdre en précision lorsqu’un chanteur franchit le cap des 70 ans et plus comme ce fut le cas pour son ex-collègue Phil Collins, maintenant à la retraite.

Heureusement, ce n’est pas le cas avec i/o, alors que Peter Gabriel offre, à 73 ans, une voix inimitable qui occupe toujours le devant de la scène. Il est dans une forme extrêmement impressionnante et réfute toutes les craintes selon lesquelles i/o pourrait être une œuvre vocalement plus faible, montrant une certaine fatigue liée à l’âge. Ce n’est absolument pas le cas.

Et il y a d’autres bonnes nouvelles. Il est toujours capable d’écrire des chansons qui font tourner la tête et remuer le cœur, même si cela lui prend un peu plus de temps ces derniers temps.

Il aura finalement fallu 21 ans, à l’ange Gabriel, en 2023 pour qu’il effectue son grand retour à la fois sur disque et sur scène.

Au lieu de lancer dans l’univers un nouvel album de chansons originales dans un monde virtuel ou la musique s’est dématérialisée, il choisit un mode de diffusion totalement original et inédit.  Après avoir annoncé la sortie de l’album i/o en novembre 2022 et une tournée européenne au printemps 2023, voilà qu’il lance une première chanson, Panapticom, en janvier 2023. 

Et c’est là qu’on apprendra que Peter Gabriel lancera une chanson à la fois de son album à chaque pleine lune jusqu’à la sortie de celui-ci le 1er décembre dernier. Chaque morceau était accompagné d’œuvres d’art spécialement conçues pour l’occasion, créées par certains des artistes les plus renommés au monde, dont Ai Weiwei, Olafur Eliasson et Cornelia Parker.

Et ça marche!  Les médias et les fans apprécient cette façon de lancer une chanson à la fois ce qui fait en sorte de garder un intérêt soutenu sur l’excellente nouvelle musique de Peter Gabriel. 

Cette approche ne rend pas moins significatif cet album lorsqu’on l’écoute d’un trait. D’une durée totale de 68 minutes (son album le plus long de sa carrière), i/o s’inscrit dans la continuité de la carrière post-So de Gabriel en tant qu’artiste enclin à défier son public au profit de succès commerciaux rapides.

Tous ceux qui ont prêté attention à ces chansons au cours des 12 derniers mois les connaissent ; l’intérêt de cet album réside dans la façon dont elles s’unissent en une seule pièce. Et c’est ainsi qu’on s’en souviendra (i/o est disponible en mixage « Bright-Side » et « Dark-Side« , reflétant le travail de postproduction des producteurs-ingénieurs Mark « Spike » Stent et Tchad Blake). À l’instar des derniers enregistrements solo de Gabriel, l’album est davantage axé sur l’ambiance et la fluidité que sur l’accomplissement d’un quelconque mandat en matière de musique pop-rock.

À une époque où les chansons diffusées à la radio sont de plus en plus courtes, où l’attention des gens semble de plus en plus réduite et où même des stars comme Sting ont tendance à privilégier des durées d’écoute courtes pour leurs dernières œuvres, Peter Gabriel, comme pour son précédent album Up, a beaucoup à offrir. Et comme les douze nouvelles chansons sont très différentes et présentent de multiples facettes, on ne s’ennuie jamais en les écoutant.

Sur le plan lyrique, Gabriel s’éloigne des problèmes relationnels qui étaient le sujet de US et de la lourdeur sombre de Up. i/o traite, entre autres, de divers aspects de l’éphémère, du terrorisme, de la justice, du lien entre l’homme et la nature, et des nouvelles technologies qui pourraient conduire à des changements sociaux dans le futur.

 Ce qui est le plus frappant, c’est que tout au long de l’album, on a l’impression qu’il s’agit d’un homme en paix avec lui-même, qui aborde sa musique et ses paroles de manière très réfléchie et en affirmant sa vie.

Avec le soutien de collaborateurs connus et moins connus tels que Tony Levin, David Rhodes, Manu Katché, Brian Eno, John Metcalfe, Linnea Olsson, Jennie Abrahamson, Ged Lynch et Josh Shpak, Gabriel obtient un son très frais, équilibré et transparent. Malgré la variété des instruments, des timbres et des voix dans les deux mixages, les pistes individuelles ne sont jamais surchargées.

En même temps, les douze nouvelles chansons ne sonnent pas comme une copie sans imagination des succès précédents, mais sont indépendantes. Il y a des éléments mineurs que vous aurez certainement déjà entendus (la mélodie vocale de Road To Joy, par exemple, rappelle Kiss That Frog (Us, 1992), et il y a des riffs de guitare sur Panopticom que vous associerez rapidement à Digging In The Dirt (Us, 1992), mais les chansons restent indépendantes et Gabriel n’est pas du tout en train de se répéter.

Il est particulièrement réfléchi sur la chanson i/o, songeant à la mortalité et à l’espoir de renouveau. Les lentes brûlures de « Time » et l’apocalyptique « So Much » révèlent leurs textures – à la fois musicales et lyriques – au fil du temps, trouvant la paix parmi l’inévitable. Comme il le note dans la chanson titre i/o, « I’m just a part of everything / I stand on two legs and I learn to sing » (Je suis juste une partie d’un tout / Je me tiens sur mes deux jambes et j’apprends à chanter).

Il y a aussi d’autres moments de célébration, lorsque Gabriel se penche sur les nouveaux mondes lumineux de « Panopticom » et « Road to Joy« . Mais surtout, i/o parle de renaissance, ce qui n’est pas si surprenant puisque les fans attendent depuis 21 ans la nouvelle musique de Gabriel, qui a retrouvé sa créativité.

Dans « Olive Tree« , la chanson la plus accessible commercialement sur i/o, il déclare : « I’ve got the water falling on me / It’s all waking me up / I’ve got the sunlight bright on my back warming up all my bones / I’ve got thе cool breeze right on my skin bringing every cеll to life, making all connections live« (J’ai l’eau qui tombe sur moi / Ça me réveille / J’ai la lumière du soleil dans mon dos qui réchauffe tous mes os / J’ai la brise fraîche sur ma peau qui donne vie à chaque cellule, qui fait vivre toutes les connexions »).

Il est facile de rattacher ces pensées à la pandémie et à ses conséquences, mais les premiers balbutiements de i/o datent de 1995. Gabriel, comme le monde qui l’entoure, a grandi avec une résilience réconfortante.

Peter Gabriel est un artiste qui n’a jamais cédé à la facilité, qui a toujours été exigeant et toujours prêt à surprendre. C’est aussi le cas de i/o, qui a un côté frais et contemporain parce qu’il rompt avec l’approche traditionnelle des sorties qui n’ont plus la même pertinence qu’avant.

Ne vous contentez pas d’écouter séparément les 12 chansons de i/o sur les plateformes continues.  Procurez-vous cet album conçu par un être offrant une créativité musicale exceptionnelle et rare pour les musiciens de sa génération. Celui-ci a atteint très rapidement d’ailleurs la première position du palmarès britannique.

Et bonne nouvelle, il a indiqué en entrevue qu’il a tellement accumulé de matériel depuis les 20 dernières années que nous aurons droit à plein d’autres surprises musicales en 2024.

 

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