Spectacles

Peter Gabriel i/o Ottawa

Spectacle de Peter Gabriel à Ottawa
L’ange Gabriel en état de grâce!
Centre Canadian Tire, le 9 septembre 2023
Publié le 11 septembre 2023

Par André Thivierge

Peter Gabriel

 

Peter Gabriel n’a pas besoin de présentation. Les plus vieux fans comme moi l’ont d’abord connu comme le leader de Genesis pendant sa période progressive (1970-1975).  Après avoir marqué les esprits avec son grand sens de la scène, il quitte le groupe avec fracas avant d’entreprendre en 1977, une carrière solo qui s’échelonnera sur plusieurs décennies mais qui ne comptera que seulement 7 albums de musique originale.

East Cleveland Centennial: The Lamb Lies Down On BroadwayPeter Gabriel avec Genesis en 1975

Étant moi-même un grand fan de l’ange Gabriel et de tout ce qui touche l’univers de Genesis, je n’ai jamais eu la chance d’assister à une de ses prestations en raison de conflits d’horaire ou d’occasions ratées.  Ceci étant dit, cet artiste multidisciplinaire s’est fait rare ces dernières années.  Son dernier album de chansons originales, Up, remonte à il y a plus de 20 ans en 2002.  Il y a bien eu quelques pièces dispersées ici et là dans les sites d’écoute continue, quelques tournées dont une avec un orchestre classique et une avec Sting en 2016. C’est finalement en 2023 qu’il effectuera son grand retour à la fois sur disque et sur scène.

Une approche unique et originale

Beaucoup d’artistes qui ont atteint l’âge vénérable de Peter Gabriel (73 ans) choisissent de cesser de créer et entreprennent de nombreuses tournées de spectacles basées sur leurs succès passés (appelées en anglais Legacy Tours). C’est mal connaître Peter de penser qu’il fera de même!

Au lieu de lancer dans l’univers un nouvel album de chansons originales dans un monde virtuel ou la musique s’est dématérialisée, il choisit un mode de diffusion totalement original et inédit.  Après avoir annoncé la sortie de l’album i/o en novembre 2022 et une tournée européenne au printemps 2023, voilà qu’il lance une première chanson, Panapticom, en janvier 2023.  Et c’est là qu’on apprendra que Peter Gabriel lancera une chanson à la fois de son album à chaque pleine lune jusqu’à la sortie de celui-ci à venir en décembre 2023. Et ça marche!  Les médias et les fans apprécient cette façon de lancer une chanson à la fois ce qui fait en sorte de garder un intérêt soutenu sur l’excellente nouvelle musique de Peter Gabriel. 

Un retour sur scène remarqué

C’est à Cracovie en Pologne que Peter Gabriel entreprendra la partie européenne de sa tournée en mai dernier. À distance, nous apprenons que, non seulement, il aura choisi de ne pas sortir son album avant ses spectacles, mais plus de la moitié des chansons qu’il offrira seront toutes nouvelles dont certaines qui n’avaient même pas été dévoilées, une approche risquée ?

Et la fameuse question pour les fans de la première heure de Genesis, est-ce qu’il osera pousser une des pièces de cette période ? Hé non, mais Peter a considéré la chose. Un de nos espions, celui qui a été surnommé le 6e Genesis, Richard MacPhail nous a informé que Peter avait demandé à son groupe de tournée de pratiquer The Carpet Crawlers (The Lamb Lies Down On Broadway) mais finalement, l’idée a été abandonnée.

Richard Macphail book launch, London - Richard with Peter GabrielPeter Gabriel et Richard MacPhail, au lancement de son livre Ma vie avec Genesis

Québec en premier

Étant un ami personnel du metteur en scène Robert Lepage, Peter Gabriel choisira encore une fois de préparer sa tournée nord-américaine et lancer son premier spectacle au Centre Vidéotron à Québec. Lepage, qui est devenu un ami personnel de Gabriel a mis en scène les spectacles Us en 1992 et Up en 2002. Cette-fois-ci, étant trop occupé, il agira comme conseiller artistique pour la tournée i/o. Plusieurs membres de Famille Rock ont assisté à cette première nord-américaine et ont accepté d’offrir leurs impressions à la fin de ce reportage.

Peter Gabriel à Québec   Photo : Robert Côté

Peter Gabriel on X: "Tour preparations are well underway. Here's Peter and Robert  Lepage working on ideas at the planning workshops in London. Photos by York  Tillyer https://t.co/Dq9KaYLnPQ" / XPeter Gabriel et Robert Lepage

Ottawa, une surprise

Autant Québec et Montréal sont des villes fétiches de Peter Gabriel (une histoire d’amour qui remonte aux premières années de Genesis), autant il s’est fait rare dans la capitale nationale du pays.  Ce fut ainsi sa première visite en 36 ans à Ottawa alors qu’il avait offert un spectacle en plein air au Parc Lansdowne pour la tournée So en 1987. Il s’agissait donc d’une première fois au Centre Canadian Tire et la foule d’environ 20,000 personnes a sûrement espéré que ce ne soit pas la dernière.

L’attente

À l’intérieur, quelques minutes avant le concert, des dizaines de techniciens en combinaison orange s’affairent sur la scène. Suspendue au centre, une horloge géante indique l’heure sur un immense écran incliné.

Photo d’arrière scène : Tony Levin – The Road Diary – Ottawa Show (tonylevin.com)

L’apparition

Il est 20 h 05, un homme seul s’avance. Son visage apparaît alors sur les écrans, sous une salve d’applaudissements : Peter Gabriel est bien là, en chair et en os. « Ceci est mon avatar très réaliste, plaisante-t-il, chauve, avec vingt ans et vingt livres de plus. Pendant ce temps, je me repose sur une plage aux Caraïbes. »

Photo  : Tony Levin

Puis il allume un feu de camp sur l’avant-scène disposée en cercle, l’horloge géante se transforme en Lune, procurant, malgré le gigantisme de la salle, une jolie note intimiste et ancestrale.

Photo  : Tony Levin

Le spectacle

Le chanteur débute le spectacle en évoquant la création de la vie à travers une météorite, le temps de deux titres acoustiques réussis, Washing of the Water (Us – 1992) et Growing Up (Up – 2002) d’abord accompagné de son bassiste de toujours Tony Levin, puis de six autres musiciens. On reconnaît notamment les fidèles David Rhodes à la guitare et le français Manu Katché à la batterie. Dès les premières notes entamées, on constate que la voix  de Peter Gabriel est impeccable comme si le temps n’avait pas passé.

Que le public ne se méprenne pas, si le concert commence de manière dépouillée, avec « des amis et un feu » et un écran circulaire affichant un clair de lune au-dessus de leurs têtes, le reste du concert sera riche en trouvailles visuelles. Dès Panopticom (i/o – 2023), la scène est plongée dans un océan de couleurs vives et de projections abstraites du plus bel effet. 

Gabriel a quitté son clavier et assure le show à lui tout seul, arpentant la scène, le visage concentré, le poing serré. Viens ensuite deux autres pièces de l’album à venir, Four Kind Of Horses et i/0 (2023). Et c’est en écoutant consécutivement ces trois nouvelles pièces que celles-ci prennent tout leur sens.  Malgré une pause de matériel original de plus de 20 ans (à quelques exceptions près), on constate la qualité et l’originalité du nouveau répertoire de Gabriel. 

Celui-ci demande à la foule de se concentrer, écouter ce que le musicien veut nous dire, lui qui a demandé à des artistes contemporains d’illustrer ses chansons. Visuellement le show est splendide, musicalement il est complexe. Ainsi, Peter Gabriel indique au début de i/o qu’il espère que l’humanité comprenne que l’univers ne tourne pas autour de la terre mais le contraire.

Après avoir capté le public par son message et l’ambiance planante des nouvelles chansons, Gabriel, en vrai showman d’expérience lance une décharge électrique et sème l’émoi dans la foule en entonnant un hymne connu, Digging In The Dirt (Us – 1992). Le voilà qui se met à danser et fait participer les fans conquis grâce à une rythmique impeccable offerte par Kaché, Levin et Rhodes.

Après ce retour dans le temps, Peter présente une autre nouvelle chanson. « Après le projet « i/0 », dit-il j’ai travaillé sur les connexions du cerveau. C’est ce qui m’a inspiré Olive Tree. Une autre pièce exceptionnelle, élaborée avec un petit arrière-goût de rock progressif.

Après avoir interprété la planante This Is Home (i/o – 2023), Peter fait lever le plafond de l’amphithéâtre avec son plus grand succès, Sledgehammer (So – 1986). Les spectateurs ont commencé à s’exciter dès qu’ils ont reconnu les premières notes de cette dernière. On a senti une réelle explosion de joie dans le public quand Gabriel s’est mis à chanter et danser sur le groove irrésistible de ce classique qui a atteint la première place du palmarès Billboard lors de sa sortie.

Après une courte entracte, c’est derrière un écran descendu des cintres que Peter Gabriel interprète la puissante pièce Darkness, tirée de Up (2002) menée par une introduction lourde, presque métal. Une membrane, allant de la transparence à l’opacité, était installée devant les musiciens. Elle a été utilisée pour des projections pendant la pièce Love Can Heal (i/o – 2023), Gabriel s’est alors mis à y tracer des dessins éphémères avec de la fumée grâce à un ingénieux système de vaporisation. Celui-ci est apparu multiplié, en ombre chinoise et en peintre abstrait.

Photo : Tony Levin

Le  titre suivant extrait du nouvel album était le très rythmé Road To Joy (i/0 – 2023), qui s’est avéré un prélude à l’un des moments forts du concert, une version étonnante de Don’t Give Up (So – 1986) avec la violoncelliste Ayanna Witter-Johnson qui a remplacé brillamment les parties vocales de Kate Bush sur la version originale. Cette chanson a également mis en évidence à quel point la voix de Peter a résisté au fil des ans. Il n’y a pas eu de baisse de tonalité et il a été parfait tout au long du concert.

Photo : Tony Levin

La violoniste Marina Moore et la violoncelliste ont apporté une grande élégance à la soirée. Les excellents musiciens, que Gabriel s’est fait un plaisir de présenter plusieurs fois chacun au cours du spectacle, jouaient avec une agréable précision.

Après avoir entonné l’entrainante The Court (i/0 – 2023), Gabriel a déclenché une averse rouge qui a fait la joie de la foule avec la populaire Red Rain (So – 1986) avant de dédier la chanson And Still (i/0 – 2023) à sa mère, décédée en 2016, une pièce calme offrant un impressionnant solo de violoncelle d’Ayanna Witter-Johnson

Le public s’est ensuite levé sur l’air explosif de Big Time (So – 1987), qui a permis à Manu Katche de démontrer ses talents considérables à la batterie. Gabriel enchaine avec Live and Let Live (i/o – 2023) la 11e nouvelle chanson offerte en spectacle durant la soirée ce qui est un exploit hors du commun pour un artiste de 73 ans. 

Le tout est suivi d’un retour aux sources pour Peter alors qu’il interprète son premier succès solo, qui raconte son départ de Genesis, Solsbury Hill (Car – 1977) dans lequel le frontman fait scander les « boom, boom, boom » au public.

Photo : Tony Levin

En rappel, on reconnait tout de suite la rythmique inimitable de cet autre succès de Peter Gabriel alors que Tony Levin prononce les mots magiques avec sa voix de baryton : In Your Eyes (So – 1987), version étirée et maîtrisée par un groupe totalement rodé.

Il est 22 h 55 quand résonnent en deuxième rappel les premières mesures de Biko (Melt– 1980). « Je dédie encore cette chanson à celui qui s’est battu pour ses droits et qui en est mort » dit Peter Gabriel. Au-dessus de lui, un portrait de l’activiste sud-africain apparaît. Le poing levé, il montre son engagement sans faille contre toute forme d’oppression.

« Merci d’avoir été là, de nous avoir écoutés. Vous savez ce qu’il vous reste à faire » lance-t-il en quittant la scène. Un à un les musiciens lui embrayent le pas, laissant le batteur Manu Katché clôturer le spectacle. Biko.

Trois heures folles viennent de s’écouler : Peter Gabriel artiste total n’a clairement pas choisi la facilité pour ce retour inespéré. Était-ce une soirée d’adieu? Sûrement pas! L’ange Gabriel nous a fait attendre longtemps, mais c’est pour mieux revenir.

Photo : Jeff Cherun

Voici ce que des membres de Famille Rock qui ont assisté aux spectacles de Québec et/ou d’Ottawa en ont pensé !

Daniel Tremblay (Québec et Ottawa) : Extraordinaire!!! Tout un showman! Encore une belle voix! Visuel spectaculaire! Ambiance festive! Que dire de plus!

Frédéric Thériault (Québec): Un grand show, un grand moment et ce avec Robert Lepage assis tout près de nous.

Patrick Corcoran (Ottawa) : Probablement mon spectacle préféré depuis Growing Up et ce, même si je ne connaissais si peu de chanson… une première pour moi à un show de Peter Gabriel.

François Gaumont (Ottawa) : Une des plus belles soirées musicales des dernières années. Les violoncelliste et violoniste ont parfaitement complété l’équipe et ont donné une couleur, voire ont embelli toutes les pièces, et particulièrement celles du passé. J’ai versé quelques larmes, on a eu des frissons, une soirée mémorable et privilégiée, à la hauteur des deux légendes que sont Gabriel et Levin. 

 

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