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Richard Séguin Top 5

Top 5 Richard Séguin Séguin
Publié le 19 avril 2024

Par Ricardo Langlois

Photo : Muriel Massé

Je commence par un poème écrit à l’époque du cégep. Oui nous écoutions Genesis, mais nous aimions Harmonium et Les Séguin. La belle pochette de Récolte de rêves, tellement de rêves qui tournent dans nos têtes d’adolescents attardés. Allez, le poème :

J’écris des mots doux
Je parle aux oiseaux
Le cri intérieur
Tout est relié
Fleurs livres rêves
J’exprime l’architecture de la
Lumière
Nous errons parmi les pierres est-ce
Si dure de vivre
Haute migration de nos corps brûlant

 

Les rivages – Le prix Excellence remis à Richard Séguin lors du Gala de la SOCAN, présenté le 12 septembre 2016 au Métropolis, a donné lieu à un entretien privilégié avec Paroles et Musique où l’auteur-compositeur de Saint-Venant nous parle de chansons, de création et d’évolution. Rétrospective.

Les Séguin, Récolte de rêves 1975

« Quand je constate le propos qu’on tenait avec Les Séguin au début des années 70, et celui d’aujourd’hui, je ne vois pas une grande différence. Peut-être suis-je moins rêveur, plus pragmatique (rires). Mais essentiellement, je reste toujours dans une thématique écologique. Les enjeux de l’époque, on les retrouve aujourd’hui dans le débat social, au niveau de la répartition des richesses. Au niveau du respect des régions, au niveau de la démocratisation de la culture, tous des thèmes abordés dans les années 70. Je me sens proche de ces valeurs et le discours n’a pas tellement
changé. » (1)

Nous sommes les enfants d’un siècle fou
Et d’une terre patiente
Nous sommes les enfants d’un peu de temps
De beaucoup de pierres et de vent
Les enfants d’un grand printemps
Et de milliers d’hivers
Nous avons reçu de nos pères
Les forêts et les rivières
Les champs de neige un peu de blé
Le soleil d’un court été
Une vie à réapprendre
Un pays à trouver
Et puis des milliers de chansons
A la mesure d’une gigue
A la mesure de cette terre
A la mesure de la planète
Il y a tant de nuits à traverser
Et tant de choses à faire
Nous sommes les enfants d’un rêve fou
Et d’un chemin si fragile
Nous ne rêverons plus d’ailleurs
Et bâtirons en chantant
Un monde à refaire
Par nos enfants

 

Oui, de la beauté pure et simple. Un ciel bleu d’espérance. On pensait beaucoup au retour a la terre. C’était l’époque, on rêvait d’un monde meilleur. Pas de cellulaire, svp !!. Juste vivre en harmonie avec la nature. Le ciel bleu ajoute : Ne m’appelez pas éternité, appelez moi Dieu si vous voulez, vous tous qui parlez, vous êtes au paradis. (2)

Fiori-Séguin, 200 Nuits à l’heure 1978

Pour Fiori et Séguin, Deux cents nuits à l’heure est un album lumineux et d’ouverture.

« Il y avait beaucoup d’espoir. Surtout quand je pense à la chanson Ça fait du bien, celle qui me touche le plus sur l’album», dit Séguin. « Je la faisais même à la fin des rappels de la tournée
de L’Heptade avec Harmonium, car elle me faisait du bien », raconte Fiori en riant.

Pour Richard Séguin, Deux cents nuits à l’heure constitue «un tournant», à la fois musical et social, avant le référendum. L’album incarne aussi le Québec comme un foyer des influences françaises, de la tradition française, mais aussi du rock britannique.

« C’était la fin des bands », note Serge Fiori. « La fin d’Octobre, des Séguin, de Beau Dommage et d’Harmonium. Il y avait un essoufflement…»

Le texte de la chanson La moitié du monde aurait pu être écrit en 2018. Il porte sur les fausses apparences et pourrait être une critique des réseaux sociaux. « Y’a la moitié du monde qui mord dans le présent / Qui cachent leur douleur derrière des mots qui résonnent faux / D’autres qui se trouvent vraiment trop beaux qui font mal à regarder.» (3)

Richard Séguin, Journée d’Amérique 1988

Plus de 20 ans après ses débuts en chanson avec sa sœur Marie-Claire, et 10 ans après Fiori-Séguin , l’auteur- compositeur-interprète est enfin arrivé au sommet après s’être questionné longtemps. Passant du nous au je dans ses textes. J’ai pensé qu’il était influencé par Springsteen.

Journée d’Amérique, c’est son besoin de liberté, d’espace, la quête d’un ailleurs meilleur. Ici comme ailleurs ouvre l’album comme un lever de soleil. L’ange vagabond une complainte évoquant Jack Kerouac qui donne à cet album des allures de road movie. 6 extraits seront choisis par les radios de la belle province.

Richard Séguin, Aux portes du matin 1991

Pour me sortir du chemin
Qui me conduit dans la poussière
Me retient et me fait taire
Le long des saisons sans lumière
Pour me sortir des sommeils
Qui vont mentir jusqu’à offrir
Des paradis qui n’étaient rien
Que terres brûlées sans lendemain
Pour pardonner tous ces remords
Qui n’ont jamais crié colère
Même sur les toits d’outre-mer
Ivre mort à guetter l’aurore
Je frappe aux portes du matin
Plus rien dans les mains
Je frappe aux portes du matin
Pieds nus dans la rosée et plus rien à perdre
Oh oh, oh, oh oh oh
Oh oh, oh oh

 

Une fois l’écriture complétée, la claviériste et percussionniste Hélène Dallair met la main à la pâte. « Elle a une importance majeure sur cet album », concède le chanteur. « C’est elle qui a trouvé le rythme d’Aux portes du matin, qui a imaginé la dynamique de Terre de Caïn… Elle avait des inspirations latines, et je crois que ça s’entend sur quelques sections rythmiques. Elle faisait aussi toutes les recherches de claviers. À l’époque, il y avait beaucoup de nouveaux synthés, mais on ne voulait pas les exploiter à outrance. »

Au studio Saint-Charles à Longueuil, Séguin renoue avec le réalisateur Paul Pagé, sacré Preneur de son de l’année à l’ADISQ 1988 pour son travail sur Journée d’Amérique. Celui qui s’était forgé une signature folk pop aux teintes new age, mise de l’avant sur les albums de Michel Rivard (Un trou dans les nuages, 1987) et Pierre Flynn (Parfum du hasard, 1988), délaisse quelque peu les synthétiseurs cette fois. « On voulait revenir à notre essence et recommencer à affirmer nos racines, soit des compositions simples guitare et voix. Quelques années avant, je crois que Journée d’Amérique avait donné le ton», remarque l’artiste.

Les guitaristes Jeff Smallwood et Réjean Bouchard prennent donc une place importante durant toute la création. « On cherchait davantage à mettre en valeur leurs guitares », poursuit-il. « Réjean avait tout un son : il me faisait penser à Jeff Beck parce qu’il ne cherchait pas à épater. Il avait un son très épuré et très riche. Il faisait une incroyable recherche de sons et de textures. »

Le 22 octobre 1991, après plusieurs semaines d’enregistrement, parait Aux portes du matin sous Audiogram. Dans les jours suivants sa sortie, Laurent Saulnier, alors journaliste au Voir, dit de l’album qu’il est d’un calme affranchi, d’une retenue exemplaire.

La tournée

En plus de rallier la majorité des critiques, l’album suscite un engouement populaire et se vend à plus de 50 000 exemplaires en deux mois. S’ensuit une tournée qui s’allonge sur une période de plus d’un an et demi. « Pour vrai, ça finissait pus ! Tellement que Jeff l’avait baptisée The Never Ending Tour. Chaque fois qu’on pensait que c’était fini, le bureau nous appelait pour nous rebooker un autre 25 shows », se souvient Richard Séguin, encore enthousiaste.  «J’avais l’exigence qu’on présente en région le même spectacle qu’on présentait à Montréal, quitte à parfois arriver en dessous financièrement.  À 13 personnes sur la route, on peut dire que c’était de la démesure… Mais on pouvait se le permettre parce que le succès était au rendez-vous.»

Sans surprise, l’ADISQ sacre la tournée Meilleur spectacle de l’année en 1992. Le 18 octobre, au Théâtre Saint-Denis, l’artiste remporte trois autres Félix (pour l’Album pop/rock, l’Interprète masculin et la Chanson de l’année). Décidément, c’est l’année Séguin : « L’effet ADISQ a été très fort et, pour être franc, je m’attendais pas à ça. Ça a été le plus gros disque de toute ma carrière. » (4)

En 2016, le journal Voir soulignait le 25 e anniversaire de ce grand classique. Avec Paul Piché, c’est l’album que j’ai le plus fait jouer à l’époque que j’étais à la radio à Chäteauguay.

Richard Séguin, Retour à Walden 2018

Musique inspirée des textes de Henry David Thoreau, écrits il y a plus de 150 ans, le dernier opus de Richard Séguin est en fait un théâtre musical intitulé Retour à Walden. (5)

L’action des chansons de l’album se déroule entre 1845 et 1847, période où Thoreau s’est retiré dans les bois tout près de l’étang de Walden, au New Hampshire. On y rencontre Thoreau, John Brown, leader du mouvement abolitionniste, Lidian Emerson, amie et confidente de Thoreau et William, personnifiant un Africain mis en esclavage, en fuite vers le Canada.

« J’avais dans la vingtaine lorsque j’ai lu pour la première fois Walden ou La vie dans les bois. Depuis quelques années, l’envie d’écrire des chansons autour de l’univers de cet homme s’est faite de plus en plus pressante », souligne Richard Séguin.

À l’interprétation des personnages, on retrouve également les artistes Jorane, Élage Diouf et Normand D’Amour.

« J’ai tout de suite eu en tête ces gens-là. Et ç’a été très facile de les convaincre d’embarquer dans ce projet », confie le principal intéressé. Comme il s’agit d’un théâtre musical et non d’un album conventionnel, son écoute demande une certaine attention. « On est un peu à contre-courant. Ce n’est pas un univers de chansons détachées que les gens sont habitués d’entendre. Il s’agit d’une histoire et il y a un lien qui unit le récit. »

On parle déjà de recréer l’univers de Retour à Walden sur les planches. Normal, puisqu’il s’agit, comme décrit plus haut, d’un théâtre musical. « Ce serait une grosse entreprise, mais j’adorerais qu’on en fasse une pièce », confie l’artiste.

Autre souhait: voir son œuvre être traduite en anglais. « C’est une production qui peut facilement voyager aux États- Unis, puisqu’elle les concerne directement », lance-t-il avec conviction. Richard Séguin est également d’avis que son dernier opus connaîtra une belle continuité.

Notes
1- Les Séguin, Récolte de rêves, extraits entrevue
2- Kerouac, Big Sur roman culte p. 56.
3- Fiori-Séguin, Entrevue La Presse, 14 mai 2018.
4- Aux portes du matin Entrevue Voir 2016.
5- Retour à Walden, 2018. Entrevue Le progrès a Coaticook.

Ricardo est critique musical et littéraire. Son 6 e livre de poésie J’habite le ciel est disponible.

 

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Photo de bannière : Richard Séguin en 2018
BANNIÈRE: MURIEL MASSÉ
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

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