The Gap – Don Stabler
Publié le 1 septembre 2026
Par Dan Stabler
Le seul survivant du groupe The Gap, le bassiste Don Stabler a accepté de partager l’histoire incroyable du groupe avec la Famille Rock.
1971 – Ron Banks, chant, batterie. Ben Johnson, chant, guitare. Dan Stabler, basse.
The Gap a commencé en Floride, une ville près de Tampa appelée Bradenton. C’était un endroit où les cirques ambulants passaient l’hiver. En grandissant, le groupe était copains avec les gens du cirque.
Quand la conscription est arrivée, ils ont trouvé de bonnes astuces pour y échapper. Ron Banks a pris de l’acide le jour de sa convocation et leur a dit qu’il consommait d’énormes quantités de drogues. Vu son apparence (cheveux longs et vêtements civils), ils ont reporté son incorporation. Ben Johnson a mis une robe et des talons hauts pour sa convocation, ce qui lui a valu un report… beaucoup de leurs amis se sont mal sortis de l’expérience du Vietnam…
Au fil des ans, j’ai envoyé à Ben quelques livres de Thich Nhat Hanh, le moine vietnamien. Son message était différent de celui d’un Américain de 18 ans… ils ont donc simplement fini sur une étagère pour toujours. L’histoire de The Gap ressemblait au message d’Easy Rider, les préjugés du Sud envers les chevelus. Ron m’a raconté qu’un jour, en s’arrêtant dans un relais routier, il s’était fait tabasser par des péquenauds…
Le premier groupe The Gap s’est séparé lorsque Ronnie Logue a fait un bad trip après avoir mélangé du speed et de l’héroïne. Ils se trouvaient à New York après avoir joué à l’Expo 67 en tant que groupe maison du pavillon de la jeunesse. Ben, le guitariste, est resté à New York, tandis que Ron, le batteur et Ronnie sont tous deux retournés en Floride, leur État d’origine.
Ronnie a travaillé dans un élevage de veaux et Ron passait son temps à traîner. En 1970, Ron s’est fait arrêter avec un joint et pendant sa garde à vue, les policiers lui ont rasé ses longs cheveux. Ron a fui au Canada lorsque son procès a approché.
C’était à Montréal, l’hiver où j’ai rencontré Ron lors d’un concert de rock avec The Rabble. Nous avons fait une jam-session et c’était vraiment excellent.

1971
Ben est monté à Montréal en mai et Ron m’a appelé pour jouer de la basse. En juin, nous avons formé le second The Gap. Notre premier concert a eu lieu lors des célébrations de la Saint-Jean-Baptiste dans le Vieux-Montréal. Nous avons joué deux fois et dans la soirée, les bombes du FLQ ont explosé pendant que nous étions sur scène. La police antiémeute est rapidement intervenue et a évacué tout le Vieux-Montréal.
La deuxième mouture de The Gap n’a pas fait long feu car, en août, Ben s’est fait voler sa guitare. Nous avons fait quelques concerts en août, puis nous avions prévu de déménager en Californie. Ben (désormais sans guitare) et Ron ont déménagé à San Francisco avec leurs femmes. Je suis resté à Montréal. Le FBI n’a pas tardé à rattraper Ron, qui a été arrêté et renvoyé en Floride. Ron a été jugé et condamné à deux ans de prison.
Il a purgé sa peine à Raiford, un pénitencier auquel Lynyrd Skynyrd a d’ailleurs consacré une chanson. Nous avions l’intention de nous reformer, mais nous étions trop fauchés pour concrétiser ce projet. Ben est resté en Californie avant de passer le reste de sa vie dans l’État de New York. Ron a déménagé à Berkeley, en Californie, où il a vécu jusqu’à la fin de ses jours.
Nous possédons quelques bandes magnétiques enregistrées à la maison, mais nous n’avons jamais eu l’occasion de faire de studio.
Ce sont les balais de percussion de Ron… nous répétions dans une pièce là où nous habitions, sur Hutchison à Outremont. Ron frappait sur un étui de guitare avec un tambourin posé dessus à l’aide de ces balais.
Frank Marino traînait souvent avec nous ; il est venu à plusieurs de nos concerts et nous a prêté du matériel. On a fait quelques jam-sessions dans un endroit appelé le Spanish Club. Juste en face se trouvait un steak house où Frank Zappa dînait un soir. Obélix, un de nos amis, nous a présentés et nous avons discuté avec lui.
Il a promis de venir nous voir après son concert du soir. Nous étions complètement défoncés et pour une raison ou une autre, il y a eu un malentendu : il s’est pointé dans un autre club espagnol et nous ne l’avons plus jamais revu.
Un jour, nous avons fait un concert à Maniwaki et le patron ne nous a pas aimés : il voulait du Hank Williams et du Sam the Sham, alors on s’est fait virer.
Il y avait un autre club un peu plus loin dans la rue qui nous a engagés et l’endroit était plein à craquer. Le gars avec le camion nous a arnaqués et n’est jamais revenu nous chercher. Nous avons dû reprendre l’autobus pour rentrer à Montréal. C’était toute une aventure de se retrouver assis au bord de l’autoroute avec nos amplis et nos guitares.
Pour un monde meilleur
Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone
INFOGRAPHE: MURIEL MASSÉ
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
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