Spectacles

Abacab Hommage Genesis Gatineau

Concert du groupe hommage à Genesis, Abacab
Équilibre entre les époques et priorité à la musique
Auditorium Alphonse Desjardins, CEGEP de l’Outaouais, 8 mai 2026
Publié le 15 mai 2026

Texte/Photos/Vidéos : André Thivierge

Un groupe hommage à Genesis basé à Charlotte en Caroline du Nord. 

La formation originale de Genesis a donné son dernier concert à Londres il y a quatre ans en mars 2022.  Depuis ce temps, les nombreux amateurs du groupe désirant entendre leur musique peuvent ponctuellement assister à des concerts du seul ex-membre de Genesis offrant encore des pièces de la formation, Steve Hackett. L’autre option est d’assister à d’excellentes prestation d’artistes ou de groupes hommages québécois tels Martin Levac ou The Musical Box qui personnalisent le chanteur Phil Collins ou recréent avec perfection avec des costumes les performances scéniques du groupe.

Pour la première fois, un groupe américain est venu s’ajouter à l’offre active.  Le groupe hommage Abacab, The Music of Genesis, originaire de Charlotte en Caroline du Nord s’est aventuré hors des frontières américaines pour offrir quelques prestations dont une à Gatineau le 8 mai dernier. L’occasion d’entendre une nouvelle façon de recréer le son de ce groupe mythique dans une petite salle près de chez moi à un coût très abordable (50$) était irrésistible.

Fondé en 2015, Abacab est composé de 5 musiciens expérimentés :

  • Pete Lents : Chanteur principal et multi-instrumentiste (il assure également la batterie sur certains morceaux, à l’image de Phil Collins). 
  • Dan Vitco : Claviériste et guitariste (salué pour son utilisation de synthétiseurs vintage pour reproduire les textures sonores de Tony Banks).
  • James Nelson : Guitariste soliste. 
  • Cliff Stankiewicz : Bassiste et guitariste rythmique. 
  • Matthew Hedrick : Batteur. 

Des reproductions parfaites du son du groupe.

Selon le site officiel du groupe, pour reproduire le son de Genesis en concert sans utiliser de simples bandes préenregistrées ou de banques de sons modernes génériques, les musiciens d’Abacab s’efforcent de recréer ou d’utiliser le parc instrumental exact employé par le groupe britannique entre 1970 et 1990.

Le rôle du claviériste dans un groupe hommage à Genesis est le plus exigeant, car Tony Banks changeait drastiquement d’équipement selon les époques. Dan Vitco combine de vrais instruments vintage et des émulations physiques ultra-précises. Notons par exemple :

Mellotron & Roland VP-330 Vocoder Plus : Essentiels pour l’époque Peter Gabriel. Le VP-330 remplace avantageusement le Mellotron sur scène pour générer les nappes de chœurs masculins denses et les sons de cordes mélancoliques.

Yamaha CP-70 / CP-80 (Piano électrique à cordes) : L’authentique piano de scène de Genesis, reconnaissable instantanément à son attaque agressive et brillante.

Le son des cordes chez Genesis repose sur une lourdeur texturée dans les basses et des effets de modulation complexes :

Moog Taurus I ou III (Pédalier de basses) : L’arme secrète de Mike Rutherford. Cliff Stankiewicz utilise ce pédalier mythique au sol avec ses pieds tout en jouant de la guitare rythmique. Il génère des fréquences infrabasses écrasantes lors des crescendos progressifs (comme la section médiane de Firth of Fifth ou Los Endos). 

Guitares double manche (Double Neck) : Pour les morceaux des années 70, la transition rapide entre la basse 4 cordes et la guitare 12 cordes (indispensable sur The Cinema Show) s’effectue sur des répliques d’instruments combinés (historiquement Shergold ou Ibanez). 

Modulations vintage : Pour obtenir le son cristallin et spatial de la guitare de Steve Hackett ou Mike Rutherford, la chaîne d’effets intègre la célèbre pédale de chorus Boss CE-1 et le phaseur MXR Phase 100.

Pour reproduire fidèlement les tournées mythiques de Genesis, le groupe monte deux batteries complètes côte à côte :

Le son « Gated Reverb » : Pour l’ère des années 80 (Mama), les batteurs exploitent le son de batterie compressé et brutal inventé par Phil Collins et l’ingénieur Hugh Padgham

Boîtes à rythmes d’époque : Pour lancer les boucles rythmiques hypnotiques de morceaux comme Mama, ils s’appuient sur les motifs analogiques des célèbres boites de rythme Roland CR-78 et Roland TR-808. 

Une mise en scène simple mais des prestations énergiques et chirurgicales.

Deux constats dès les premières notes : 

Priorité à la musique : Contrairement à d’autres formations hommages, les membres d’Abacab ne cherchent pas à se déguiser ou à imiter de manière théâtrale les mimiques exactes de Phil Collins ou de Peter Gabriel. Ils se concentrent purement sur la reconstitution musicale.

Performance vocale : Le chanteur (qui assure également la batterie sur certains morceaux, à la manière de Collins) offre une excellente performance en direct. On constate qu’en personne et à plein volume, la voix s’intègre magnifiquement au mix du concert.

Dès le départ, Pete Lents salue sympatiquement les personnes présentes en français indiquant que fort de leur large répertoire, son groupe peut interpréter les succès prog et pop de Genesis.  Et même si le groupe s’appelle Abacab, sachant que les fans du Québec préfèrent les pièces prog du groupe, on mettra l’emphase sur les pièces plus complexes de Genesis.

Le spectacle débute avec Eleventh Earl of Mar. On remarque immédiatement l’attaque précise du claviériste Dan Vitco sur les accords d’introduction, qui recréent la puissance dramatique de l’album Wind & Wuthering de 1976. Le timbre de Pete Lents est à mon avis très fidèle à l’album, naviguant parfaitement entre la théâtralité de l’ère Gabriel et la transition vers Collins.

Après les salutations d’usage, Abacab enchaine avec Domino, LA pièce progressive de l’album Invisible Touch de 1986. On y apprécie la reconstitution exacte des séquences de batterie électronique (Roland) du premier segment (In the Glow of the Night). On y note une montée en puissance lorsqu’on transite vers la deuxième section (The Last Domino) en raison de la puissance de la basse et l’énergie rock globale du groupe.

Le groupe enchaine avec la mythique pièce Mama de l’album éponyme surnommé Shapes (1983). La performance vocale de Pete Lents sur cette pièce est un point focal majeur. On y remarque sa capacité à reproduire le rire sinistre et l’intensité dramatique de Phil Collins sans tomber dans la caricature. L’utilisation de la boîte à rythmes d’époque et des nappes de synthétiseur sombres installe une tension lourde et fidèle à l’originale.

On plonge ensuite dans l’ère de Peter Gabriel avec The Lamia. Cette pièce tirée de l’album double concept The Lamb Lies Down on Broadway (1974) offre une approche nuancée. On remarque la fluidité du piano et la sensibilité du solo de guitare de James Nelson, qui reproduit fidèlement le feeling émotionnel de Steve Hackett.

Le groupe termine la première partie de son spectacle avec un incontournable medley progressif composé de :

In the Cage (The Lamb) : Avec un tempo soutenu et l’endurance des claviéristes et batteurs.

The Cinema Show (Selling England By The Pound – 1973 – Segment instrumental) : C’est le moment de gloire de Dan Vitco. Les puristes de Genesis ont applaudi la reproduction note à note du solo de synthétiseur historique à l’aide de ses claviers vintage, sans aucune simplification technique.

The Colony of Slippermen (The Lamb) : Les amateurs de progressif auront remarqué l’audace d’inclure cette section complexe et bizarre, rarement reprise par d’autres formations à l’exception de The Musical Box.

Afterglow (Wind and Wuthering – 1976) : On y entend une transition émotionnelle parfaite. Le mélange des harmonies vocales et l’activation des pédaliers infrabasses Moog Taurus créent une finale grandiose donnant des frissons au public.

Après une courte pause, Abacab offre une rare pièce pop, Land of Confusion de l’album Invisible Touch. Cette pièce est clairement calibrée pour faire lever la salle. L’accent est mis sur l’efficacité rythmique de la basse de Cliff Stankiewicz et les riffs de guitare percutants du guitariste original de Genesis, Mike Rutherford.

On entend ensuite une rareté, The Lady Lies tirée de l’album And Then There Were Three…, le premier album de l’ère du trio Banks/Collins/Rutherford lancé en 1978. L’inclusion de cette chanson moins connue est grandement saluée par les fans inconditionnels dans la salle. On y apprécie la fidélité des arrangements et la complexité des lignes de basse.

Au grand plaisir de la salle, le groupe enchaine avec Ripples de l’album Trick Of The Tail (1976). On y note la beauté des guitares à 12 cordes au début du morceau. La section centrale de piano est jouée avec une grande délicatesse, offrant un moment de répit poétique unanimement apprécié dans le spectacle.

Et on plonge ensuite dans le chef d’oeuvre de Genesis, la plus longue pièce du groupe : Supper’s Ready (Foxtrot, 1972). C’est le test ultime pour tout groupe hommage à Genesis. Abacab casse complètement la baraque  sur cette épopée de 23 minutes. L’enchaînement des sept sections est fluide, et la finale (As Sure as Eggs is Eggs) est une expérience sonore immersive d’une puissance absolue.

On termine ce set avec le medley Dance on a Volcano / Los Endos. Abacab reproduit parfaitement la puissance et la majesté du premier extrait de l’album Trick of The Tail qui donnait une première occasion à Genesis de prouver qu’il demeurait pertinent malgré le départ récent de son leader original, Peter Gabriel. 

Le tout culmine avec le duo de batterie où les deux batteurs exécutent des roulements de toms parfaitement identiques et synchronisés à la seconde près, créant un mur de son percutant, à l’image de Phil Collins et de Chester Thompson. La synchronisation parfaite entre Pete Lents et Matthew Hedrick sur le Drum Duet et les roulements de toms identiques de Los Endos impressionnent la foule. Tous ont salué la recréation de l’énergie brute qui caractérisait la tournée Seconds Out de Genesis de 1977.

En rappel, Abacab retourne plus loin dans le passé avec le riff accrocheur de I Know What I Like (Selling England By The Pound) où le groupe s’autorise une belle interaction avec la salle, fusionnée astucieusement avec la finale instrumentale progressive de Stagnation (Trespass – 1971), offrant une conclusion parfaite qui satisfait autant les amateurs de pop que les fans de la première heure.

L’équilibre parfait entre deux époques

Les quelques chanceux qui ont assisté aux concerts d’Abacab auront apprécié la capacité du groupe à couvrir l’intégralité du catalogue de Genesis. Nous avons applaudi la justesse du groupe sur des pièces complexes telle Supper’s ready ou plus simples des années 80 comme Land of Confusion

Abacab, The Music of Genesis est encore un secret bien gardé par des nouveaux publics qui ont découvert ce groupe qui fait simplement place à la principale force de Genesis, la musique. Il est à souhaiter que plusieurs fans comme moi pourront le découvrir en plus grand nombre dans l’avenir.

 

Pour un monde meilleur!

Fabriqué au Québec!
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone!

INFOGRAPHIE: MURIEL MASSÉ
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE

Si vous songiez à appuyer notre site, c’est maintenant, c’est ici. Chaque contribution, qu’elle soit grande ou petite, aide à notre survie et appuie notre avenir. Appuyez Famille Rock pour aussi peu que 5 ou 10 $ – cela ne prend qu’une minute. Merci  ! Visitez notre boutique.

Click to comment

You must be logged in to post a comment Login

Laisser un commentaire

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

Archives

Total Visiteurs

943390
To Top

Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone!

Fabriqué au Québec!

Pour Un Monde Meilleur!

Honorons Nos Survivants Pleurons Nos disparus