Zoso : l’énigmatique symbole de Jimmy Page
Publié le 5 septemebre 2026
Par Valérie Gagné
… et la part la plus intime de son univers
Jimmy Page, producteur et architecte du son de Led Zeppelin
L’une des particularités de Led Zeppelin est que Jimmy Page ne se contente pas d’être le guitariste du groupe. Il est crédité comme producteur des albums studio de Led Zeppelin, tandis que les crédits techniques attribuent le travail d’ingénierie à différents professionnels, notamment Glyn Johns sur le premier album et Eddie Kramer ainsi qu’Andy Johns sur plusieurs productions ultérieures. Il faut donc distinguer le rôle de producteur de Page de celui des ingénieurs du son.
Cette fonction lui permet de participer aux décisions artistiques et techniques : choix des microphones, placement des instruments, équilibre entre les pistes, effets, panoramiques, réverbération et montage final. Les détails varient d’un album à l’autre et ne peuvent pas tous être attribués à Page seul.
Page comprend que la puissance d’un groupe ne dépend pas uniquement du volume. Elle dépend aussi de la profondeur, de l’espace et du contraste. Une guitare peut sembler immense si elle est enregistrée dans une pièce appropriée. Une batterie peut paraître plus lourde si les microphones captent suffisamment l’acoustique naturelle du lieu. Une voix peut devenir plus dramatique si elle est placée dans un espace sonore qui laisse respirer chaque mot.
Cette conception du studio peut être rapprochée de son intérêt pour les symboles et les rituels, mais il s’agit d’une interprétation plutôt que d’un lien explicitement établi par Page. Il est mieux documenté de dire qu’il considérait l’enregistrement comme un moyen de transformer une performance que d’affirmer qu’il le concevait directement comme un rituel occulte.
La musique comme expérience et transformation
Pour comprendre l’importance des symboles chez Jimmy Page, il faut observer sa manière de construire l’univers de Led Zeppelin. Le groupe ne se limite pas à des chansons fondées sur des formats simples. Les dynamiques, les longues improvisations, les contrastes entre douceur et violence, les références mythologiques, les pochettes et les performances scéniques participent à une identité artistique cohérente.
La musique peut alors être décrite comme une forme de passage : elle conduit l’auditeur d’un état à un autre par la répétition, la tension, la libération et le contraste. Cette lecture est pertinente sur le plan esthétique, mais elle ne doit pas être présentée comme une doctrine explicitement formulée par Page.
Lorsqu’il déclare en 2001 que son symbole concerne « l’invocation et le fait d’invoquer », il ne fournit pas une définition précise. Il donne néanmoins un indice sur la dimension intentionnelle qu’il lui attribue.
Il est impossible de savoir si Page parle d’une invocation au sens magique, artistique ou métaphorique. Aucune source publique ne permet de trancher. Il est toutefois raisonnable de dire qu’il ne présente pas son symbole comme une simple décoration.
1971 : Led Zeppelin refuse de donner un titre à son quatrième album
L’apparition publique du symbole survient pendant la préparation du quatrième album de Led Zeppelin. Après le succès massif de Led Zeppelin II, le groupe publie Led Zeppelin III en 1970. L’album contient des morceaux acoustiques, des influences folk et des changements de direction qui déconcertent une partie de la presse et du public.
Jimmy Page a expliqué que le groupe souhaitait laisser la musique parler d’elle-même et éviter qu’un titre ou une image ne préoriente sa réception. Il est toutefois difficile d’attribuer à Page seul une intention précise concernant la réaction des critiques. Le disque ne porte effectivement aucun titre officiel et le nom du groupe n’apparaît pas sur la pochette originale. Les quatre membres choisissent chacun un symbole personnel, reproduit sur la pochette intérieure ou le matériel associé à l’album.

Jimmy Page présente le sien. John Paul Jones choisit un symbole composé de cercles entrelacés, John Bonham adopte trois anneaux réunis et Robert Plant sélectionne une plume placée à l’intérieur d’un cercle. Les descriptions et les reproductions peuvent varier légèrement selon les éditions.
L’album paraît au Royaume-Uni le 8 novembre 1971. Comme il ne possède ni titre officiel ni nom de groupe clairement visible sur la pochette, les maisons de disques et les admirateurs lui donnent différents noms : Led Zeppelin IV, Four Symbols, Untitled ou encore Zoso. Led Zeppelin IV est devenu l’appellation la plus courante, mais aucun de ces titres n’est le titre officiel de l’album.
Dans une entrevue de 1972 conservée sur le site officiel de Led Zeppelin, le groupe confirme que le disque ne porte réellement aucun nom.
Les influences occultes de Jimmy Page
L’intérêt de Page pour les symboles et les traditions occultes précède donc l’apparition de Zoso, mais il ne faut pas confondre influence culturelle, collection et pratique rituelle.
Aleister Crowley et la recherche d’une volonté personnelle
L’auteur qui le fascine le plus est Aleister Crowley, écrivain, poète et praticien britannique de la magie cérémonielle mort en 1947.
Figure extrêmement controversée, Crowley est associé à la philosophie de la Thelema, fondée sur la recherche de sa véritable volonté et sur la libération de l’individu face aux contraintes imposées par la société. Sa phrase la plus célèbre, Do what thou wilt, est souvent traduite par « Fais ce que tu veux ». Dans la pensée de la Thelema, elle désigne plutôt la recherche et l’accomplissement de sa volonté profonde qu’une simple permission de faire n’importe quoi.
Page voyait Crowley comme un penseur incompris plutôt que comme la caricature satanique présentée par une partie de la presse. En 1976, il déclarait : « Je ne vénère pas le diable, mais la magie m’intrigue. Toutes les formes de magie. »
Jimmy Page s’intéressait notamment à l’histoire des symboles, au tarot, à l’astrologie, au mysticisme oriental et occidental ainsi qu’aux différentes conceptions de la volonté et de la transformation personnelle. Il a toutefois toujours refusé d’expliquer publiquement l’ensemble de ses croyances ou de ses pratiques personnelles. Lorsqu’un journaliste de GQ lui a demandé en 2014 s’il avait déjà réellement pratiqué la magie, Page a simplement refusé de répondre. Ce silence a évidemment contribué à renforcer le mystère.
Les messages cachés de Led Zeppelin III
L’intérêt de Page pour les références occultes apparaît déjà sur l’album précédent, mais les détails doivent être formulés avec précision. Sur certains premiers pressages vinyles de Led Zeppelin III, des phrases ont été gravées dans le sillon mort, près de l’étiquette centrale. Les inscriptions généralement rapportées sont Do What Thou Wilt et So Mote Be It — et non nécessairement So Mote It Be, formule souvent citée par analogie avec l’usage cérémoniel moderne.
La première phrase renvoie à la formule associée à Aleister Crowley : Do what thou wilt shall be the whole of the Law. La seconde est une expression utilisée dans certains contextes maçonniques et magiques, mais sa présence exacte, son orthographe et sa répartition entre les faces peuvent varier selon le pressage. Ces inscriptions sont discrètes. Elles ne figurent pas au premier plan de la pochette et peuvent facilement passer inaperçues.
Leur présence montre que des références liées à Crowley et à la magie cérémonielle apparaissent dans l’environnement visuel et matériel de Led Zeppelin. Elle ne prouve toutefois pas que Page souhaitait imposer une interprétation occulte de l’album ou de sa musique.

Pour un monde meilleur
Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone
INFOGRAPHIE : MURIEL MASSÉ
WEBMESTRE : MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
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