Spectacle de Joe Jackson (tournée Hope and Fury)
Place des Arts, mercredi 13 mai 2026
Publié le 14 mai 2026
Texte/Photos/Vidéos: Glen Bourgeois
Joe Jackson- tournée Hope and Fury
Ça fait bien du temps depuis que Joe Jackson s’est présenté à Montréal. Depuis les années 90, il lance environ deux albums par décennie. Tout en se promenant entre étiquettes de disques. Ce n’est pas forcément une recette pour obtenir une forte promotion. Surtout pour un artiste d’outre-mer (il réside de nouveau en Angleterre, son pays de naissance).
Heureusement, l’arrivée du nouvel album Hope and Fury ce mois dernier, nous paie la traite… Et tôt! 80 spectacles entre 14 pays, nous promet le site web de l’étiquette earMUSIC (auquel est également paru son album précédent). Montréal voit le tout deuxième spectacle de cette tournée… Est-ce qu’il sera déjà bien
rodé?
Après une si longue absence, Joe semble reconnaître ce que son public moins familier désire entendre. Il débute avec une version solo de son premier succès, Is She Really Going Out With Him? (J’avais ce 45-tours avant même d’entrer en maternelle, infortunément trop vite abîmé). Ses albums live démontrent son intérêt à varier les arrangements de cette pièce qui date d’environ 48 ans. Faute d’éviter qu’on tombe dans une routine, on donne nouvelle parure au familier. (Et oui, la foule a offert les “Where?!” requises au milieu des versets… moi inclus.)
Arrive son bassiste fidèle depuis l’époque de cette chanson fétiche. Joe ne fait que dire d’un ton égal, « This is Graham. » Applaudissements (bien sûr). Suit le deuxième 45-tours de sa carrière, It’s Different for Girls en duo. Un air d’intimité est ainsi établi et maintenu tout au long de la soirée. Même lorsque le groupe complet est sur scène. Les autres musiciens apparaissent un à un pendant l’intro de la chanson suivante: « This is Teddy » (Kumpel, guitariste new yorkais). «This is Felipe » (Fournier, percussioniste costaricien dont Joe souligne le patronyme francophone). « This is Doug » (Yowell, batteur du New Jersey). On a droit à quatre
des cinq musiciens primaires au nouvel album (absent: le percussioniste cubain Paulo Stagnaro).
Joe Jackson et le bassiste Graham Maby pour It’s Different for Girls
Pendant ce temps s’accumule l’arrangement distincte (et très “anglais marin”) de Welcome to Burning-by-Sea qui débute Hope and Fury. Certains prononcent déjà ce dernier comme le meilleur album de toute sa carrière. Joe inclus, même de la scène. Bien qu’il m’est toujours nouveau, ses pièces me plaisent davantage en spectacle. C’est fortuné, car il suit cette première avec une autre, I’m Not Sorry (et joue la moitié de l’album pendant la soirée).
Chanson terminée, il se tourne vers la savoureuse Another World (de Night and Day en 1982) et offre une performance presque identique à l’album… avec quelques allures sud-américaines à son solo de piano au coda.
Et de retour au nouvel album avec Made God Laugh, qui porte davantage ce soir une allure du jeune Joe Jackson en 1979. Au point d’en être un délice. Joe vacille entre l’humilité et l’audace d’un artiste confiant de sa stature. « This next song is from my previous album, called Fool. » Quelques applaudissements éparpillés de la salle. Du même ton: « I said this next song is from my previous album, called Fool. » L’auditoire capte vite et offre des applaudissements et cris des plus nourris. Joe nous récompense ainsi en expliquant son thème, dédié à ce type des écrits de Shakespeare. Qui était toujours le caractère le plus intelligent sur scène. Il estime même que ce type serait peut-être un super-héros avec un superbe costume et le don de faire rire. Est-ce que Joe, avec son humour parfois subtil, se pointe du doigt?
La prestation est soignée et légèrement restreinte, aucune acrobatie musicale. Teddy donne l’impression d’être un adepte de guitaristes tels Adrian Belew avec son chapeau et ses tons de guitare parfois novateurs. Felipe se promène entre les percussions à main et une plaque métallique triangulaire (un contrôleur MIDI, peut-être?) qui se joue aux mallets et produit des sons de vibraphone et céleste. Le bassiste Graham y voit également son tour à quelques reprises.

Ils se démarquent sans flash, à bon goût. Joe se tourne au premier album de sa carrière avec Sunday Papers. Et de retour au nouvel album avec la valse (au son autant anglais marin?), The Face. Ensuite, Strange Land de l’album précédent qui nous mène à… l’entracte? Non, il demeure au piano pour un autre classique, Be My Number Two, tandis que ses accompagnateurs prennent une pause. Sauf Graham, qui reste à l’écouter. Je commence à m’apercevoir la tendance. Joe semble content de nous partager ses chansons les plus appréciées, souvent fidèles aux enregistrements originaux.
Tant qu’on accepte d’écouter ses pièces les plus récentes. Heureusement, ces dernières sont très bonnes et bien réussies.
L’équipe retourne à ses instruments pendant que Joe commence Real Men (de nouveau l’album Night and Day). Pièce qui se voit une ovation de quelques gens dans la première rangée du parterre devant lui… Une ovation presque inaperçue. Et on entend une troisième pièce à saveur balnéaire (encore tirée de Hope and Fury), avec mise en place élaborée qui explique son titre End of the Pier. Autant que l’historique de ce terme dérisoire, ses paroles cyniques qui contrastent les années de gloire avec le présent post-covid et même (de façon indirecte), la pochette d’album. Il en fait également un lien à Portsmouth, ville côtière où il habite maintenant.
On semble révéler une thématique globale à l’album: Joe se sent chez lui en Angleterre-sur-mer. (Toutefois, il renie tout concept d’album dans son entrevue récent avec Billboard).

Un ton sombre arrive aussitôt sur une musique à la fois stoïque et rythmée, avec un refrain qui se transforme en chant marin sans mot vers sa fin. Comment suit-on un moment presque digne de Roger Waters (ou plutôt Billy Joel pendant ses années cyniques) assez reussi? On remercie les spectateurs de leur appui, on présente le groupe et on ressort des pièces favorites des fans!
De retour une fois de plus à l’album Night and Day pour deux pièces connexes, Target et Stepping Out. Avec fondu enchaîné tel qu’à l’album. Pour les plus adeptes qui le prévoyaient, les musiciens quittent la pièce (jeu de mots avec son titre) un à un vers la fin. C’est déjà la fin du spectacle?
Viennent vite les rappels. Joe partage qu’on a pensé aux reprises favorites des tournées précédentes et nous en partage une. Surprise! C’est Scary Monsters (and Super Creeps) de David Bowie. Par hasard ? Faisant retour au temps des premiers albums de Joe. C’est suivi de la pièce peut-être la plus entraînante de la soirée: You Can’t Get What You Want (Till You Know What You Want). Le tout se termine comme s’est débuté, avec Joe seul au piano pour Home Town.
Fin de spectacle, environ 95 minutes, sans entracte. 6 albums studio représentés hors de 18 (y inclus ses deux plus récents). L’auditoire semble s’être bien plu. C’est compris, on ne saute plus dans les airs à un spectacle de Joe Jackson, ni sur estrade, ni dans la salle. (Sauf possiblement s’il avait joué Got the Time ou Jumpin’Jive.)
Le rappel
La foule ressemble aux 71 ans de Joe, mais sourires et applaudissements nourris étaient en évidence. J’étais bien surpris du nombre de pièces que j’ai reconnues (ayant entendu le nouvel album). Et comment j’ai apprécié celles que je connaissais pas.
Grand merci à l’amie qui m’a fortement encouragé de voir ce spectacle: Joe n’a pas un grand véhicule de promotion telles les vedettes américaines qu’on voit partout. Toutefois, pendant que Post Malone et cie annulent des présentations, Joe y arrive sans grand bruit et réussit fort bien (si cette soirée démontre la norme).
L’amical guitariste Teddy s’adresse aux gens à côté de la table de marchandise. Par chance, je lui mentionne l’article que j’écris pour Famille Rock… Il récupère aussitôt une carte de téléchargement pour son nouvel album à paraître bientôt avec son groupe Nome Sane? (Oui, le point de question fait partie du nom de ce groupe.) Il me pointe également à son courriel.
Est-ce qu’on aura droit à une critique d’album et entrevue bientôt à Famille Rock? Restez à l’écoute… Entre temps, il y a le site Bandcamp de Teddy pour vous divertir. Et le nouvel album de Joe. Bonne écoute!
Pour un monde meilleur
Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone
Photo de profil: Glen Bourgeois et le guitariste Teddy Kumpel
INFOGRAPHE: MURIEL MASSÉ
WEBMESTRE: MARCO GIGUERE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
Merci de nous aider en contribuant à notre campagne de financement. Si vous songiez à appuyer notre site, c’est maintenant, c’est ici. Chaque contribution, qu’elle soit grande ou petite, aide à notre survie et appuie notre avenir. Appuyez Famille Rock pour aussi peu que 5 ou 10 $ – cela ne prend qu’une minute. Merci.
You must be logged in to post a comment Login
