Explora-Rock 7 Kim Mitchell
Publié le 5 octobre 2026.

Par : Sylvain Larouche
Salut chers membres, re-bienvenue à ma chronique Explora-Rock. Cette semaine je fais un survol dans l’univers de l’excellent rocker canadien Kim Mitchell versus Max Webster.

Kim Mitchell = Max Webster
Il existe des musiciens dont le nom est indissociable d’un groupe, puis d’autres qui réussissent à construire une seconde vie artistique aussi forte après la dissolution de leur formation. Kim Mitchell appartient sans contredit à ces deux catégories. Guitariste, chanteur, compositeur et véritable personnage du rock canadien, il a d’abord marqué l’histoire avec Max Webster avant de connaître une carrière solo remarquable, ponctuée de chansons devenues incontournables et de nombreuses distinctions. Son parcours est celui d’un musicien qui n’a jamais voulu choisir entre la puissance du rock, la mélodie, l’humour, l’expérimentation et le plaisir de jouer.
1976 – Max Webster

Joseph Kim Mitchell est né à Sarnia, en Ontario, en 1952, dans une région située à proximité immédiate de Détroit. Cette proximité géographique allait jouer un rôle considérable dans son développement musical. Durant son adolescence, la radio de Détroit constituait pratiquement une fenêtre ouverte sur le monde pour les jeunes musiciens de Sarnia. Mitchell a expliqué que le rock faisait partie de son ADN musical, tout comme la Motown. Il écoutait notamment les stations qui diffusaient abondamment le rock américain et britannique. Cette immersion allait contribuer à forger chez lui une conception très instinctive de la guitare, fondée autant sur le groove et l’énergie que sur la virtuosité.
Son apprentissage musical commence très tôt. Il raconte avoir été attiré par la guitare dès l’enfance et avoir commencé à prendre des leçons à Sarnia vers l’âge de huit ou neuf ans. À onze ans, il faisait déjà partie d’un premier groupe, The Gladiators. Il ne s’agit donc pas du parcours d’un musicien ayant suivi une longue formation académique dans une institution spécialisée ; sa véritable école fut plutôt constituée par les leçons de guitare, l’écoute intensive des disques, les répétitions, les groupes locaux et surtout les innombrables heures consacrées à jouer. À l’adolescence, il se tourne résolument vers une carrière musicale et finit par rejoindre Toronto, où son parcours professionnel prendra véritablement son envol.
Le guitariste Lorne Gilbert, 15 ans, le batteur Wayne Smith, 15 ans, le guitariste Henry Arseneau, 14 ans et le bassiste Kim Mitchell, 12 ans.
Cette décision l’amène progressivement vers le milieu professionnel. Après diverses expériences et un passage en Grèce où il joue avec des musiciens locaux, Mitchell revient au Canada et entreprend la construction de ce qui deviendra Max Webster. Le groupe voit officiellement le jour à Toronto au début des années 1970 et devient rapidement l’une des formations les plus originales de la scène canadienne.
Max Webster ne ressemblait à rien d’autre. La musique combinait le hard rock, le rock progressif, des éléments de funk, une certaine extravagance théâtrale et un humour typiquement canadien. Mitchell pouvait passer d’un riff lourd à une mélodie étonnamment accrocheuse sans perdre cette identité particulière qui allait devenir sa signature. Le groupe témoignait également d’une remarquable ouverture musicale, puisant aussi bien dans le rock progressif que dans des univers plus aventureux.
1977
1979 – Ottawa

Pour ma part, j’ai eu le privilège de découvrir cette énergie directement sur scène. En 1981, j’ai vu Kim Mitchell avec Max Webster à Ottawa. À cette époque, le groupe était encore dans sa période la plus créative et cette prestation demeure pour moi un souvenir important de la scène rock canadienne. Voir Mitchell dans le contexte de Max Webster permettait véritablement de comprendre toute la singularité de cette formation ; une musique inventive, énergique et imprévisible, portée par une guitare qui ne cherchait jamais simplement à démontrer sa virtuosité.
L’une des rencontres les plus importantes de cette période fut évidemment celle de Pye Dubois, parolier avec lequel Mitchell allait développer une extraordinaire complicité créative. Le duo Mitchell-Dubois devient le moteur de ce groupe et donne naissance à plusieurs classiques du rock canadien. Hangover, High Class in Borrowed Shoes, Diamonds, Diamonds, Oh War et Paradise Skies illustrent cette combinaison singulière entre des textes imaginatifs et une musique qui refusait les conventions.

Une autre rencontre capitale fut celle de Rush. Les deux groupes ont partagé la scène, et leurs univers musicaux se sont croisés à plusieurs reprises. La pièce « Battlescar », enregistrée avec Geddy Lee et Alex Lifeson, constitue notamment un moment historique pour les amateurs de rock canadien. Cette collaboration démontre également la proximité artistique qui existait entre ces deux formations, chacune développant à sa façon un rock sophistiqué et profondément enraciné dans la culture musicale canadienne.
1980
Après la dissolution de Max Webster en 1981, Mitchell entreprend une carrière solo qui va dépasser toutes les attentes. Son premier disque solo lui vaut immédiatement une reconnaissance aux JUNO Awards. Puis arrive Akimbo Alogo en 1984, avec notamment Go for Soda, qui devient son premier véritable succès international.
Mais c’est avec Shakin’ Like a Human Being, paru en 1986, que Mitchell atteint véritablement le sommet. L’album devient triple platine et contient plusieurs de ses chansons les plus populaires, dont Patio Lanterns, Alana Loves Me, Rock and Roll Duty et Easy to Tame.
Et cette période revêt pour moi une deuxième dimension toute particulière. En 1986, j’ai eu l’occasion de revoir Kim Mitchell en spectacle, cette fois à Québec, dans le cadre de sa carrière solo. Il était fascinant de constater l’évolution entre le musicien que j’avais découvert avec Max Webster et l’artiste désormais établi sous son propre nom. Cinq années seulement séparaient ces deux spectacles, mais elles représentaient une transformation majeure dans sa carrière. Le premier témoignait de l’originalité collective de Max Webster ; le second révélait pleinement la personnalité artistique de Kim Mitchell comme leader, guitariste, chanteur et compositeur. Deux époques, deux contextes musicaux différents, mais le même guitariste animé par cette volonté de communiquer son plaisir de jouer.
1986 – l’année de son deuxième album Shakin’ like a Human Being
Ses influences ne se limitent toutefois pas au rock. Mitchell a toujours démontré un profond respect pour les musiciens capables de servir une chanson plutôt que leur ego. Son approche de la guitare repose davantage sur la personnalité, le son et le feeling que sur une démonstration technique gratuite. Cette philosophie explique en partie pourquoi son jeu demeure aussi identifiable. Quelques notes suffisent souvent à reconnaître son phrasé et son timbre.
Parmi les rencontres marquantes de son parcours figurent notamment celles avec de grandes figures du rock comme Joe Walsh, dont Kim Mitchell a assuré la première partie à certaines occasions. Les deux musiciens ont également partagé l’affiche à plusieurs reprises au fil des années ainsi que plusieurs grandes personnalités du rock qu’il a croisées au fil de son parcours. Mais l’une des caractéristiques les plus attachantes de Mitchell demeure sa curiosité musicale. Il a toujours semblé davantage intéressé par la musique elle-même que par les barrières entre les styles.
Une autre rencontre particulièrement significative est celle d’Ed Robertson et des Barenaked Ladies. Le groupe a reconnu l’influence considérable de Max Webster sur sa propre génération et a collaboré avec Mitchell autour de Diamonds, Diamonds. Cette collaboration illustre une forme de passage du flambeau entre deux générations du rock canadien.
2019
La carrière de Kim Mitchell est aussi impressionnante par son palmarès. Il remporte trois prix JUNO ; Révélation masculine de l’année en 1983, Album de l’année pour Shakin’ Like a Human Being en 1987 et Artiste masculin de l’année en 1990. À cette reconnaissance s’ajoute son intronisation au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, une distinction qui souligne son apport durable à la création musicale canadienne.
1985
Au-delà des récompenses, l’héritage de Mitchell repose surtout sur une chose son identité. Il n’a jamais été simplement le guitariste de Max Webster ni uniquement l’interprète de Go for Soda ou Patio Lanterns. Il est l’un de ces musiciens canadiens qui ont contribué à démontrer qu’il était possible de créer un rock original, intelligent, mélodique et profondément personnel sans devoir imiter les modèles américains ou britanniques.
De Sarnia aux grandes scènes canadiennes, de Max Webster à sa carrière solo, des collaborations avec Rush aux rencontres avec plusieurs générations de musiciens, Kim Mitchell a construit une œuvre qui traverse plusieurs décennies.
Avec Geddy Lee, début 1980
Et pour moi, son histoire possède une dimension encore plus personnelle. L’avoir vu deux fois, à deux moments charnières de son parcours, en 1981 avec Max Webster, puis en 1986 à Québec alors qu’il brillait désormais en solo ; m’a permis d’être témoin de cette évolution. Ce sont deux souvenirs de spectacles qui s’inscrivent naturellement dans ma propre histoire musicale.
1989
Kim Mitchell demeure finalement l’un de ces artistes dont le succès ne se mesure pas uniquement aux ventes de disques ou aux trophées. Il se mesure aussi à la capacité de laisser une impression durable à ceux qui l’ont entendu et vu sur scène. Et lorsqu’un guitariste parvient, après plusieurs décennies, à conserver une voix musicale aussi personnelle, il mérite véritablement sa place parmi les grandes figures du rock canadien.
Voilà tout pour cette semaine avec Explora-Rock, j’espère vous avoir rappeler quelques bons souvenirs ou bien connaître un artiste qui mérite amplement la tribune de ce jour, merci à vous et à très bientôt.
Discographie Max Webster:
1976 – Max Webster
1977 – High Class in Borrowed Shoes
1978 – Mutiny Up My Sleeve
1979 – A Million Vacations
1980 – Universal Juveniles
1970 – Live Magnetic Air
Discographie Kim Mitchell:
1982 – Kim Mitchell (EP)
1984 – Akimbo Alogo
1986 – Shakin’ Like a Human Being
1989 – Rockland
1990 – I Am a Wild Party (live)
1992 – Aural Fixations
1994 – Itch
1999 – Kimosabe
2007 – Ain’t Life Amazing
2020 – The Big Fantasize
Pour un monde meilleur
Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone
BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE.
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