RUSH Centre Bell, Montréal
Première de deux soirées, le 2 septembre 2026
Publié le 5 septembre 2026
Texte/Photos/Vidéos: Glen Bourgeois
Semble-t-il que les grands fans de Rush sont un groupe chaleureux et accueillant. Certains qu’il y en a des lecteurs qui vont dire, « Mais voyons, c’est de même pour les fans de n’importe quel groupe. » Pas si vite… Plusieurs fois je me suis promené au centre-ville de Montréal le jour d’un gros spectacle en apercevant des chandails du groupe ici et là mais rien de plus.
Me dirigeant le long de la Ste-Catherine, l’effet se reproduit plus d’une fois: les gens me sourient, me saluent. Parfois même des conversations sont entamées. Tous semblent absolument ravis de voir que d’autres sont également fans de Rush.
Semble-t-il aussi que les fans de Rush sont prêts à débourser de l’argent vers leur band fétiche. Oui, il y avait plein de t-shirts du groupe de toutes les époques autour du Centre Bell avant qu’ouvrent les portes. Mais plus que ça. Mon collègue musical et moi se sont retrouvés dans une file immense qui ne semblait guère bouger pendant que d’autres files avançaient déjà. Finalement, un employé a averti les gens: « Il s’agit de la ligne pour ceux qui ramassent leurs précommandes de marchandise! » On s’est vite déplacé parmi plusieurs à un autre file et ensuite tourné afin de regarder la file qu’on venait de quitter. Elle n’avait guère diminuée de
taille. 
Ces deux traits ont sans doute contribué à ce que le Centre Bell paraisse absolument rempli le mercredi soir.

Le premier de deux spectacles du légendaire trio progressif ontarien.
Et ce malgré le coût des billets (environ quatre fois le prix que j’ai habitude de payer pour ma section régulière). La foule a amplement démontré son amour envers les membres originaux Geddy Lee (bassiste/claviériste/chanteur) et Alex Lifeson (guitariste). Et aussi envers la batteuse Anika Niles qui s’occupe des partitions du défunt membre et parolier Neil Peart. Jusqu’à l’applaudir lorsqu’on la voit perdre un baton à l’écran et vite en prendre un autre sans abandonner la mesure. D’ailleurs, un petit hic serait normal et vite oublié. Lorsqu’on parle d’une musicienne qui, selon Geddy et Alex, a maîtrisé assez de matériel complexe pour quatre spectacles, c’est une célébration.
Il y a bien davantage raisons de célébrer cette soirée. Avant que Geddy et Alex fassent l’annonce de la tournée, on ne s’attendait guère de les revoir sur scène. Oui, les billets étaient chers. Oui, leur performance télévisée de la pièce Finding My Way à la cérémonie des Junos cette année laissait peut-être un petit peu à vouloir… Est-ce que Geddy serait capable de chanter toutes ses passes aigües qui ont fait de lui une légende? Est-ce que le trio (augmenté du claviériste Loren Gold) retrouverait son groove?

Chose certaine, Rush nous a livré un spectacle exemplaire au Centre Bell qui en valait le prix d’entrée. Et plus d’une façon. Oui, la musique était exceptionnelle: on serait en extase si tous les groupes de leur âge qui sont toujours en tournée pouvaient en offrir autant. La voix de Geddy était en pleine forme, tout en sachant quand insérer des notes plus faciles afin de ne pas trop forcer sa voix. À plusieurs reprises pendant et après le spectacle, des fans m’ont dit que ce dernier avait révélé qu’il suivait des sessions de coaching vocal. (Je vous en prie, donnez-moi le nom de son instructeur, j’en ai besoin).
Alex semblait avoir le sourire collé au visage presque toute la soirée. C’était le marathon et Geddy rebondissait de gauche à droite. De Alex à Anika. Du centre de l’estrade aux claviers à droite. Et parfois même en s’étirant les jambes en l’air! Entre les pièces, il nous dit un grand MERCI! enthousiaste. Suit quelques phrases en français. À chaque fois qu’il s’adresse à l’auditoire dans la langue du Québec, Geddy me rappelle Géo. Autant de son insistence à valoriser le français… que sa voix!

L’aspect visuel était amplifié au point de pouvoir envahir le groupe, si ce n’était pas que le tout était à thème Rush. Quatre écrans vidéo (une géante en arrière plan, deux pointées vers les côtés du centre et une autre en avant-plan qui montait et descendait, la plus exceptionnelle). Lasers, jets d’air, explosions, éclairages mobiles, superposition d’écrans vidéo et une panoplie d’images et films. L’aspect visuel est absolument bien pensé et construit, s’inspirant de chaque chanson.
Je divague ici de mon habitude de lister des détails pour chaque chanson jouée. Voici une liste rapide de tout ce qui s’est passé:
– Vidéo d’introduction (Xanadudes) d’environ huit minutes, avec plein de clins d’oeil reliés à l’histoire du groupe (et le retour des enfants de l’émission de télé animé South Park). Xanadu. The Spirit of Radio.
– Distant Early Warning. Première dédicace de Geddy à Neil au sujet de ses textes qui se sont raffinés au fil des ans.
– Freewill. Subdivisions. Une vidéo hommage de Neil d’environ trois minutes suivie de la pièce Bravado (de l’album Roll the Bones lancé en 1991). Pièce qui fait réfléchir à tout ce que les membres du groupe ont sacrifié pour leur carrière: “We will pay the price, but we will never count the cost.”
U
– Une introduction assez longue à la guitare sèche avec clavier au son de cordes quand arrive enfin l’arpège révélateur qui lance La Villa Strangiato. S’enfile ensuite une autre surprise inattendue: Natural Science. Avec effets sur la guitare qui reproduisent celles accomplies sur l’album grâce au voisinage naturel de l’ancien Studio d’André Perry à Morin-Heights. Ensuite l’intro survoltant de Limelight qui nous amène à 21 heures. La fin du spectacle? Non, Geddy nous assure: « Ce n’est que l’entracte! »
L’entracte. Arrive à l’écran un compteur numérique en tubes sous vide dont le décompte débute à 25 minutes. Quelques-uns restent dans leurs sièges afin de crier au moment que l’écran montre 21:12 (en honneur de l’album 2112 et sa suite titre épique). Rendu à deux minutes, on voit un flash à l’écran et on entend un bruit d’alerte des hauts-parleurs: c’est sans doute le temps de retourner à nos sièges. Arrivé à zéro, soudainement le décompte pause avant de commencer à reculer. Le compteur accélère de plus en plus afin d’arriver à… Oui! 21:12 de nouveau! Images, bombes, lumières et la suite entière de 20 minutes!
– On en a déjà reçu bien plus que notre argent. Et il reste encore plein de musique! On avance, de l’année 1976 à 1993 pour Animate (de l’album Counterparts). Une autre surprise: Closer to the Heart, la pièce dont Geddy, Alex, et Neil s’étaient tous tannés de jouer en spectacle! Ils en font bien justice et nous nous sommes permis de l’entendre une fois de plus.
– Alex présente la prochaine comme “notre chanson d’amour” avant d’entamer A Passage to Bangkok (dont l’amour n’a rien à voir avec, mettons, la Saint-Valentin).
– La choriste originale Aimee Mann apparaît plusieurs fois à l’écran pour la chanson Time Stand Still (sur l’album Hold Your Fire de 1987). Geddy se fesse la tête et tire la langue pendant la pièce instrumentale YYZ qui suit: est-ce qu’il y vient de commetre une erreur? Si oui, il fallait vraiment se concentrer pour l’entendre.
– Geddy se rappelle ensuite des sessions d’audition en 1974 afin de remplacer le batteur John Rutsey (qui n’apparaît qu’au premier album et 45-tours du groupe). Et du batteur qui est venu avec ses tambours enveloppés dans des sacs d’ordures. Et… aux cheveux courts. Mais… exceptionnellement habile à jouer des triolets. Il raconte que le jam qu’ils ont entamé ce jour-là avec le batteur, bientôt membre du groupe, est devenu… Anthem. Et le groupe du soir se lance dans la pièce avec entrain. Pièce qui démontre également le premier texte de Neil écrit pour le groupe. On souligne ensuite son travail de parolier avec la pièce Red Barchetta qui démontre en plein son côté littéraire.
– Ensuite The Garden (de l’album Clockwork Angels, lancé en 2012), dont Geddy traite le texte comme étant prophétique et selon lui, le meilleur texte de Neil tout court.
-Enchaîne un court film animé des enfants de la série South Park en répétition musicale. Et Rush qui se lance dans la pièce classique devenue emblématique du groupe, Tom Sawyer.
Rush n’a aucunement perdu son sens d l’humour, ni sa joie de performer pour le public. On le voit dans leurs gestes, leurs visages, leurs très rares faux pas vite corrigés et aussi dans leurs interactions.
Geddy et Alex en train de faire des grimaces à Anika et Anika en train de leur répondre
Je n’aperçois aucun signe d’épuisement, plus de deux heures et demie après le début du spectacle. Et le groupe débarque de l’estrade pour bien sûr revenir nous partager les rappels. Comme s’ils désiraient faire le point que Neil n’était pas le premier batteur du groupe, ces pièces sont toutes deux du premier album éponyme du groupe avec John Rutsey à accompagner Geddy et Alex. En premier, le même Finding My Way que Rush a joué aux Junos, mais encore mieux réussi. Ensuite, la pièce qui a lancé leur carrière aux États-Unis, Working Man. Et sauf un brève vidéo afin de boucler la boucle du premier vidéo de la soirée, c’est fini: le message See you down the road apparait à l’écran avant que la scène tombe dans la noirceur et que les lumières du Centre Bell s’allument ensuite.
Photos: Martin Bouthillier
On me dit à plusieurs reprises et sans reproches qu’Anika approche les pièces de Rush à sa façon, différente que celle de Neil. On doit quand même se rappeler que le style de Neil a évolué au fil des ans. Le jeune Neil misait sur la force et la vitesse et plus tard, une variété de tambours et instruments à percussion. Le Neil des années 90 poursuit des leçons du batteur big band Freddie Gruber et ensuite en 2007, avec le batteur jazz fusion Peter Erskine (ancien de Weather Report). Neil évolue en technique, en improvisation et en perception de temps pendant ce temps (le “chops and groove” qu’il a déjà mentionné).
D’après moi, Anika ramène le sens métronomique de Neil des années 1980 en y ajoutant davantage l’attaque d’un ninja: vif, directe et sans pause. Aucun reproche requis.
Les fans semblent prêts à revenir le vendredi (possiblement afin de voir quelles autres pièces seront jouées. Auront-ils droit à A Farewell to Kings? New World Man? The Camera Eye? Far Cry?…
Le spectacle est extrêmement visuel, avec plusieurs attraits qui se passent en même temps. Sans compter les clins d’oeil humoristiques qui se passent un peu partout. Anika est absolument célébrée. Quant au claviériste Loren Gold, on dirait qu’il est presqu’oublié.

Neil est vénéré. La scène est éclairée au point que Geddy, Alex et Anika semblent scintiller. De coincidence, c’est ma première fois à porter des lunettes de soleil pendant un spectacle et j’avoue que je voyais bien plus clairement à travers d’elles que lorsque je les enlevais. Toutefois, j’aurais voulu quelque filtre semblable pour mes oreilles. Fallait s’attendre que le volume serait fort. Les basses et moyennes fréquences étaient assez bien reproduites. Toutefois, les hautes fréquences semblaient faire résonner des structures métalliques auprès. Effet certainement involontaire et indésirable, s’ajoutait un timbre agaçant qui brouillait les paroles des chansons à plusieurs reprises. Mais cet effet n’a aucunement ruiné une soirée absolument magique, remplie de sons et d’images divertissantes et nostalgiques, même enivrantes.
L’esprit de RUSH, toujours vivant.
Pour un monde meilleur
Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone.
Photo de bannière: Martin Bouthillier
INFOGRAPHE: MURIEL MASSÉ
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
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