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Chom Fm Géo raconte

De CKGM à CHOM  1969 à 1972 
Publié le 6 juillet 2026 

Un Québécois parlant français a tenté d’y faire sa place. 

Par Géo Giguère 

Il a raconté son histoire dans le journal Pop Rock en mars  1972 

C’est à la suite d’une longue, longue réflexion que je mets sur papier, des faits, des choses vécues. Vues, entendues. Réalisées de mon fulgurant et très intéressant passage entre les murs d’une bâtisse de l’ouest de la ville connue et s’appelle CHOM-FM et CKGM-FM.

Avant de s’appeler CHOM-FM ce poste de radio s’appelait CKGM-FM. Entre les deux mon cœur ne balance plus parce que entre les deux, il y a un mur. Un mur érigé à l’américaine. Pareil ou semblable à celui qu’on voit dans les journaux. Celui qui divise une ville en Allemagne. Vous connaissez?

Essayer de comprendre, ça pourrait être difficile, mais si vous faites un effort pas plus gros qu’un pic de guitare, vous pourrez entendre à CHOM-FM des affaires qui ont l’air ben le fun quand y sortent de la petite boite avec des boutons, mais qui sont moins le fun quand vous êtes dedans.

Des boutons, j’en ai vu pas mal pendant mon séjour entre les murs de CKGM-FM 97.7 à Montréal 8 mois, 8 mois. 3 fois par semaine. Salut Pringle. Salut Don Banch. Salut David. Il fallait bien voir comment ça se fait un poste underground. D’où ça vient. Comment ça vient. Comment ça tient. Eh ben, ça tient pareil comme ailleurs.

 

L’argent mène le monde.

On ne peut pas s’en sortir. Même Yvon Deschamps empoche de l’argent « ben de l’argent ». C’est quelque chose, quelque chose qui rapporte. On commence par être innocent, on ne veut pas d’argent. L’argent ça ne donne pas le bonheur.

Les Américains ne sont pas loin. Juste en bas de nous autres. Il fait « frette » par ici. C’est plus cool. C’est peut-être pour ça qu’il viennent de plus en plus nombreux dans notre pays. Dans notre ville. Dans nos tables de bleuets. Au Carnaval de Québec, sans oublier bien sûr les postes de radio.

Ça a commencé il y a quelques saisons déjà: un nommé Pringle à la personnalité très très attachante nous en mettait plein les oreilles durant la nuit. Déjà les plus freaks parlaient qu’un nouveau poste radio « underground » s’ouvrait à Montréal. De la bonne musique. Très bonne. Nouvelle, Inédite. On aimait ça. Même pendant un bout de temps on écoutait rien que ça. On appréciait savoir qu’on avait une voix radiophonique qui parlait de nous autres: les freaks, les Grateful Dead, les Airplanes et tout tout!

On avait du fun. C’était notre poste de radio. Pas d’annonces presque. La bière ne réalisait pas encore que le marché était bon et que des petits spots bien placés pourraient rapporter. Mais voilà, il faut bien vivre et le poste de radio grandit.

24 heures par jour. Ça tourne. Des nouveaux gars pour remplacer Pringle, celui qui a parti l’affaire mais qui est parti. Sans laisser d’adresse sinon l’Inde. L’Inde que CKGM-FM nous fait sentir pendant un bout de temps. Le propriétaire. Celui qui vient faire un tour une ou deux fois par mois. Jeff Sterling est son nom. Cinquante ans à peu près. Sympathique. Bonne vibration. Mais il n’est pas toujours là et il laisse diriger son poste, un de ses postes, par un bonhomme: Bill Vereka, qui vient de l’ouest. Amérique de l’ouest. Californie. Le pays sur le bord de la mer. Là où les policiers ont les cheveux longs parce que les filles ne les regardent plus sur la rue.

Vereka s’installe. Il vient d’arriver à Montréal et il démontre clairement que son rôle en tant que gérant est de rendre le poste rentable. R-E-N-T-A-B-L-E. Gros mot. Il faut que ça rapporte sinon je vais perdre ma job.

Le problème, si c’en est un, le problème à CKGM-FM c’est que c’est un poste anglais.

Faut pas en vouloir aux gars qui sont à Montréal mais aux gars qui sont à Ottawa. Pour avoir un poste de radio, ça prend un permis. Et un permis, ça implique le mot permission. Ottawa permet à CKGM-FM de parler en anglais. C’est écrit sur le papier. Déranger ben du monde…  Alors quoi ou comment faire ?

Dans ce temps-là, il y avait de 11:00 à 4:00 un gars qui s’appelait Don Bunch. Bunch c’est un beau nom. Ça sonne bien. Don lui avait été invité par Bill le nouveau gérant, à venir à Montréal pour « partir » une radio Underground. Bunch était très bon, franchement. Son orientation musicale du moins, celle qu’il faisait tourner sur les ondes, plaisait ! Même que Don Bunch s’arrêta  des fois pour m’entendre lui épeler les noms Charlebois, Dionysos, Joël Denis, etc. Il essayait plus que les autres de pouvoir mettre dans la tête un petit tiroir avec des détails sur ce que nous avons au Québec comme musique.

Bunch  causait des précédents en faisant tourner entre 11:00 et 4:00 le plus de produits locaux possible.

Il s’intéressait beaucoup au fait français et voulait même partir un journal underground bilingue! Mais, voilà, Don a un défaut. Il est souvent en retard. Des fois, il arrive à 11:07 au lieu de 11:00 juste. Bill, le professionnel, celui qui doit voir, rappelons-nous le, à la rentabilité du poste, ne trouve pas professionnel qu’un annonceur arrive en retard. Don est un ami. Son émission marche très bien. 

Bill cherche des « bobos ». Il doit faire quelque chose pour faire remarquer qu’il n’est pas là pour rien. Bunch dehors. Bien oui. Don Bunch pour ceux qui l’ont connu et apprécié, a été mis dehors parce qu’il arrivait en retard! Mais moi, je sais fort bien que la raison du retard ne fut qu’un écran. Bunch prenait du pouvoir. Du bon pouvoir.  Bill vient de Californie.  C’est loin.  Perdre son job serait dur. 

Il réussit donc sa première passe en enlevant de son chemin celui qu’il avait invité lui-même.

C’est une petite chicane entre Américains au détriment des québécois! 

C’est depuis ce temps là que ça a changé. J’écris la vérité comme je l’ai constatée; vécue. Il n’y a pas derrière la boîte à boutons sur votre petite table dans votre chambre une famille heureuse comme il se pourrait. Bien sûr. C’est pas fin de dire des affaires de même. Qu’est-ce que les frères et sœurs vont penser? Et bien, ils sauront plus de choses encore qu’ils en savaient. 

« What I want is the truth » c’est John Lennon qui le dit. « The dream is over ».

Une autre fois, j’ai rencontré un gars qui voulait donner 100 billets gratuits pour le spectacle de John Mayall. J’étais content de le connaître. Lui aussi. Alors, nous deux, innocents, on s’en va penser que Bill pourrait les donner à la radio. Ça ferait un petit peu de publicité pour John Mayall et ça rendrait les auditeurs de CKGM-FM heureux. 100 billets gratuits qui valent $3.00 chaque. C’est un cadeau de $300.00!  Non!!! Il n’est pas question de donner des billets par le truchement de CKGM-FM! Pour pouvoir donner des billets gratuits aux auditeurs de CKGM-FM, il faut acheter de la publicité.

Bill est catégorique. « Ce poste de radio doit être rentable ».

Rentable d’accord, ben ben d’accord. Mais je veux dire  » Où est le poste underground? » En fait c’est ce que l’on pense fourrer… et par des Américains. Justement à propos de fourrage, ça ne dure pas longtemps. Une fois, deux fois, c’est une masse. Les freaks qui s’étaient accrochés aux premiers sursaut du premier poste underground au Québec, décrochent.  On dirait que nous autres, on a le nez fin. On a de l’instinct, c’est pas possible.  C’est à cause de ça qu’on débarque.  Quand ça sent pas bon, on change de place.

Faut pas attendre de sentir mauvais nous autres pour s’éloigner du tas… À propos du tas, il y aurait ben ben d’autres affaires à révéler. Mais ça sentirait assez qu’on serait obligé de porter un masque… à gaz pour ne pas polluer. Il faut bien souligner que CKGM-FM a rapporté beaucoup. Sur le plan musical produit à l’étranger, nous avons fait un grand pas grâce à CKGM-FM. 

Mais ce qu’il y a de plus choquant c’est qu’étant donné que CKGM-FM est le seul poste à tendance underground, nous ne pouvons pas, nous Québécois participant à la révolution musicale mondiale, se faire valoir parce que: 1- Le CKGM-FM a un permis anglais (Ottawa ). 2- CKGM-FM est dirigé par des Américains qui se respectent et qui ne connaissent rien de ce qui se passe ici. Et qui ne s’intéressent qu’au plan financier de leur travail (USA).

Et bien, après une longue, longue réflexion comme je l’écrivais au début de ce document sur le phénomène CKGM-FM, je crois qu’il est temps qu’on prenne en main qu’une station déjà existante se décide. Il faut franchir l’obstacle et mettre au monde une radio valable. Celui qui va oser faire ça sera heureux. Car il va rendre beaucoup de monde heureux. Tout s’enchaîne. C’est comme une pomme. Quand elle est mûre, elle tombe. Faut la pogner juste avant qu’elle tombe à terre. Avant qu’elle se « poke »!  C’est partout pareil dans notre grande famille. Ça murit, ça murit mais y’ a personne d’ici pour pogner ça, avant que ça tombe.

Mais on va leur jouer un tour. 

On va leur passer un sapin. Même que ça va être un gros pin! Les pommes qui tombent à terre  y a des graines dedans. On va les ramasser.  Puis on va les replanter. Quand ça va pousser, ça va être assez beau que ça va passer à la TV!

Article de Novembre 1973

 

PS: Au moment d’écrire cet article, je ne savais pas que quelques semaines plus tard, après que le propriétaire Jeff Sterling a lu article, il m’a invité avec la délégation de CHOM FM au CRTC à Ottawa, d’assister à une demande que le poste devienne bilingue.
La réponse fut que le poste demeure en anglais.  On  m’a alors offert d’animer la nuit.. en anglais 
Quelques mois plus tard le nouveau gérant m’a remercié sans donner de raison et mon remplaçant était un anglophone!  
Mais ça c’est une autre histoire! 

 

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