Explora-Rock 65
Dave Mason
Publié le 5 mai 2026
Par Sylvain Larouche
Bonjour à vous tous en espérant que la vie est bonne pour vous et que la musique allège l’attente à l’arrivé de l’été. Cette semaine je vais faire ma chronique sur le regretté guitariste Dave Mason décédé le 19 avril dernier. Je fais un survol de sa carrière élogieuse remplie d’humilité avec un talent inné et exceptionnel.

L’Inoubliable Légendaire du Folk-Soul-Blues Rock
Le départ de Dave Mason marque la fin d’un parcours remarquable dans l’histoire du rock moderne. Guitariste raffiné, auteur inspiré et compositeur souvent sous-
estimé, il laisse derrière lui une œuvre considérable qui aura traversé plus d’un demi-siècle. Son parcours, autant avec Traffic qu’en solo, témoigne d’une rare
capacité à conjuguer sensibilité mélodique, liberté musicale et authenticité artistique.
Né le 10 mai 1946 à Worcester, David Thomas Mason grandit dans une Angleterre encore marquée par l’après-guerre, mais déjà en pleine effervescence musicale. Très tôt, il développe une fascination pour les sons venus d’Amérique, particulièrement le blues du Sud et le folk traditionnel. Dans plusieurs entretiens accordés au fil des années, il expliquait que sa formation musicale ne venait pas des conservatoires ni des écoles spécialisées, mais d’une écoute attentive des disques et d’un travail constant sur l’instrument. Son apprentissage fut essentiellement instinctif, construit par l’observation et la répétition.
Ses influences sont nombreuses et variées. Le blues de B.B. King, la finesse harmonique de Django Reinhardt et la profondeur expressive de Muddy Waters façonnent son identité musicale. Très tôt, il comprend qu’un guitariste ne doit pas seulement impressionner, mais raconter quelque chose.
Son parcours professionnel débute dans les clubs de Birmingham, un véritable laboratoire musical dans les années 1960. Cette scène locale, particulièrement fertile, voit émerger plusieurs figures majeures du rock britannique. C’est dans cet environnement qu’il rencontre Steve Winwood, déjà reconnu pour son talent exceptionnel.
En 1967, avec Winwood, Jim Capaldi et Chris Wood, il fonde Traffic. Le groupe se distingue rapidement par son approche singulière, un mélange audacieux de rock,
de jazz, de folk et de psychédélisme.

Au sein de Traffic, Mason apporte une dimension plus mélodique et plus structurée. Là où Winwood pousse vers l’improvisation et les longues explorations
instrumentales, Mason privilégie l’efficacité de la chanson. Sa composition Hole in My Shoe devient un succès immédiat en 1967, imposant son style psychédélique accessible au grand public. Mais c’est surtout avec Feelin’Alright qu’il signe son œuvre la plus marquante de cette époque. La chanson deviendra un classique international, immortalisée par plusieurs reprises, notamment celle de Joe Cocker. Malgré cette réussite, l’expérience Traffic est marquée par des divergences artistiques importantes. Mason souhaitait des compositions plus concises et plus directes, alors que ses partenaires exploraient des structures plus libres et
expérimentales.
Ces tensions provoqueront plusieurs départs et retours successifs au sein du groupe. Cette instabilité n’enlève rien à son importance dans la construction sonore de Traffic. Son écriture et sa vision ont largement contribué à définir l’ADN du groupe. Parallèlement, il développe des liens étroits avec les plus grands musiciens deson époque.
En 1968, il participe à l’enregistrement de All Along the Watchtower avec Jimi Hendrix, apportant la texture acoustique à douze cordes qui enrichit cette version devenue mythique. Il évoquait souvent cette séance comme l’une des expériences les plus marquantes de sa carrière.
En 2021, Dave Mason parle de son amitié avec Jimi Hendrix. Enregistrement de All Along the Watchtower
Après son départ définitif de Traffic, Mason amorce sa carrière solo avec l’album Alone Together en 1970. Cet enregistrement est souvent considéré comme son sommet artistique. Il y propose une synthèse parfaite entre rock, folk, soul et blues. La chanson Only You Know and I Know s’impose rapidement comme l’un des
titres forts de son répertoire. Avec cet album, il affirme enfin une vision pleinement personnelle, débarrassée des compromis inhérents à la dynamique d’un groupe.
Les années 1970 sont particulièrement prolifiques. Mason enchaîne les albums avec une remarquable régularité : Headkeeper, It’s Like You Never Left, Split Coconut et surtout Let It Flow. C’est sur ce dernier qu’apparaît We Just Disagree, immense succès commercial qui lui permet de rejoindre un public beaucoup plus large, particulièrement en Amérique du Nord. Cette chanson révèle son talent pour l’écriture émotionnelle, sobre et universelle.
1974
1977
En parallèle de ses albums, Mason devient un musicien de session extrêmement recherché. Il participe au monumental All Things Must Pass de George Harrison, apportant sa sensibilité instrumentale à l’un des albums majeurs de l’histoire du rock. Son influence sur Harrison, particulièrement dans certaines approches de guitare slide, a été reconnue dans divers témoignages et analyses. On le retrouve aussi auprès de Paul McCartney avec Wings, ainsi que dans l’univers des The Rolling Stones et d’Eric Clapton. Ces collaborations confirment l’estime immense dont il bénéficiait auprès de ses pairs.
L’une des grandes forces de Mason comme guitariste réside dans son approche du phrasé. Il ne cherche jamais la démonstration technique. Son jeu privilégie l’espace, la respiration, la justesse émotionnelle. Dans plusieurs échanges tardifs, il affirmait qu’il préférait ressentir la musique plutôt que la théoriser. Cette philosophie explique pourquoi son style demeure intemporel.
Durant les décennies 1980 et 1990, même si l’exposition médiatique diminue, il reste très actif sur scène et en studio. Il continue d’enregistrer, de tourner et de maintenir une relation forte avec son public fidèle.
1991
Son projet Traffic Jam lui permet de revisiter le répertoire de Traffic sous son propre angle, réaffirmant son rôle fondamental dans l’histoire du groupe.
2002 – The Dave Mason Band
2016
En 2004, Traffic entre au Rock and Roll Hall of Fame, consacrant officiellement l’influence du groupe sur l’évolution du rock moderne. Mason y retrouve une reconnaissance pleinement méritée.
Son autobiographie, publiée en 2024, apporte un regard lucide sur son parcours: ses succès, ses blessures, ses collaborations et ses convictions artistiques. On y découvre un musicien profondément attaché à l’idée que la chanson doit toujours passer avant l’ego. Ce principe résume parfaitement son héritage.

Contrairement à plusieurs guitaristes de sa génération, Mason n’a jamais cherché à devenir une figure spectaculaire ou un héros de la virtuosité. Sa grandeur réside
ailleurs dans la qualité de ses compositions, dans son toucher unique, dans sa capacité à servir la musique avec humilité. Son influence traverse les décennies parce que ses chansons continuent de parler aux générations successives.
De Traffic à sa carrière solo, de ses collaborations avec Hendrix, Harrison ou McCartney jusqu’à ses propres albums, Dave Mason aura incarné une forme rare de cohérence artistique. Il laisse derrière lui un catalogue riche, profondément humain et musicalement exemplaire. Et au fond, c’est peut-être cela qui définit les grands artistes, non pas le bruit qu’ils font, mais l’écho qu’ils laissent.
2024
Jusqu’à la toute fin de sa vie, Dave Mason est demeuré créativement actif, fidèle à ses racines musicales. Son ultime témoignage artistique demeure le superbe album A Shade of Blues, paru en 2025, une œuvre profondément enracinée dans le blues, genre fondateur de toute son identité musicale. Cet album, mûri pendant plusieurs années, agit comme une forme de retour aux sources, où son jeu de guitare conserve toute sa finesse, son sens du phrasé et cette élégance mélodique qui l’ont toujours distingué.
Entouré d’invités prestigieux comme Joe Bonamassa, qui apporte sa puissance et son intensité sur plusieurs titres, Michael McDonald, dont la voix et les claviers enrichissent magnifiquement certaines pièces, ainsi que le regretté Mike Finnigan, compagnon de longue date et maître incontesté de l’orgue Hammond, Mason signe là un disque à la fois vibrant, sincère et profondément habité. Plus qu’un simple album de fin de parcours, A Shade of Blues apparaît comme une dernière grande déclaration musicale celle d’un artiste revenu à l’essentiel, entouré d’amis et animé par la même passion qu’à ses débuts. Une manière noble et inspirée de refermer le cercle d’une carrière exceptionnelle.
Voilà tout pour la chronique Explora-Rock 65, Dave Mason, dans lequel j’espère vous avoir donné le goût de revisiter un artiste qui a su durer au fil d’un parcours irréprochable. À bientôt chers membres.
Discographie
Avec Traffic:
Mr. Fantasy (1967)
Traffic (1968)
Last Exit (1969)
Welcome to the Canteen (1971)
The Low Spark of High heeled Boys (1971)
Albums studio:
Alone Together (1970)
Dave Mason & Cass Elliot (1971)
Headkeeper (1972)
t's Like You Never Left (1972)
Dave Mason (1974)
Split Coconut (1975)
Let It Flow (1977)
Mariposa De Oro (1978)
Old Crest On A New Wave (1980)
Two Hearts (1987)
Some Assembly Required (1987)
26 letters – 12 notes (2008)
Future’s Past (2014)
A Shade Of Blues (2025)
Albums live:
Dave Mason Is Alive ! (1972)
Certified Life (1976)
40,000 Headman Tour [Live] (avec Jim Capaldi) (1998)
Live At Perkins Palace (2002) enregistré en 1981
Live At Sunrise (2002)
Collaborations:
Electric Ladyland – Jimi Hendrix (1968)
Beggars Banquet – Rolling Stones (1968)
Lily the Pink – The Scaffold (1969)
All Things Must Pass – George Harrison (1970)
On Tour with Eric Clapton – Delaney and Bonnie (1970)
Motel Shot – Delaney and Bonnie (1971)
Songs for Beginners – Graham Nash (1971)
Graham Nash David Crosby – David Crosby & Graham Nash (1972)
Oh How We Danced – Jim Capaldi (1972)
Wild Tales – Graham Nash (1974)
Phoebe Snow – Phoebe Snow (1974)
Venus and Mars – Paul McCartney (1975)
You Can’t Argue with a Sick Mind – Joe Walsh (1976)
Thoroughfare Gap – Stephen Stills (1976)
Gimme Some Neck – Ron Wood (1979)
Skatetown, U.S.A. (musique de film) (1979)
Airborne – Don Felder (1983)
Time – Fleetwood Mac (1995)
Pour un monde meilleur
Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone
BANNIÈRE: DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE: MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF: MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
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