David Bowie:
De Diamond Dogs au Thin White Duke (2)
La soul américaine, Station to Station et la crise de Los Angeles.
Publié le 29 septembre 2026
Par Valérie Gagné
La Kabbale et l’Arbre de Vie
Les paroles de Station to Station contiennent des références à Kether et Malkuth, deux éléments de l’Arbre de Vie dans la Kabbale. Kether, la couronne, représente généralement le niveau le plus élevé de l’émanation divine. Malkuth, le royaume, correspond au monde matériel. Le mouvement entre Kether et Malkuth peut être interprété comme un passage entre le spirituel et la matière, le ciel et la Terre, ou l’idée et sa manifestation.
Le titre possède aussi plusieurs significations possibles. Il peut désigner le trajet d’un train entre différentes gares. Il peut également évoquer les stations du chemin de croix dans la tradition chrétienne.
Une photographie célèbre réalisée par Steve Schapiro montre Bowie dessinant à la craie une représentation de l’Arbre de Vie. Cette image confirme au minimum son intérêt pour le symbolisme kabbalistique.
Il faut toutefois distinguer la recherche intellectuelle, l’utilisation artistique de symboles et l’adhésion religieuse. Bowie mélange plusieurs traditions sans présenter une doctrine personnelle parfaitement définie. La Kabbale, le christianisme, le bouddhisme, Nietzsche et les écrits occultes forment chez lui un vocabulaire de recherche davantage qu’un système unique.

« Word on a Wing » : une prière au milieu de la crise
La chanson Word on a Wing possède une place particulière sur Station to Station. Elle prend la forme d’une prière adressée à une présence divine. Bowie semble y demander un point d’ancrage capable de résister aux constructions mentales et aux personnages qui envahissent son existence. Il expliquera avoir écrit cette chanson pendant une période de détresse spirituelle.
La foi exprimée dans le morceau n’est pas simple. Bowie ne se présente pas comme un croyant entièrement convaincu, il paraît plutôt chercher une force suffisamment stable pour l’empêcher de se perdre. Cette tension traverse une grande partie de son œuvre.
Il veut être libre de changer constamment, mais il craint aussi qu’aucune identité ne demeure derrière les transformations. La spiritualité lui offre peut-être moins une réponse définitive qu’un langage pour exprimer cette inquiétude.
Los Angeles et la désintégration
Au milieu des années 1970, Bowie vit principalement à Los Angeles. Cette période est entourée d’histoires sensationnalistes : alimentation presque inexistante, nuits sans sommeil, accumulation de livres occultes, peur de forces invisibles et comportements paranoïaques. Certains détails proviennent de récits rétrospectifs et peuvent avoir été amplifiés.
Le problème central demeure toutefois bien documenté : Bowie consomme des quantités dangereuses de cocaïne. Son poids chute considérablement. Il dort peu et semble parfois incapable de distinguer ses craintes de la réalité.
Les thèmes occultes qui l’intéressaient auparavant comme objets intellectuels prennent alors une dimension plus inquiétante. Dans un état de privation de sommeil et de dépendance, les symboles peuvent nourrir la paranoïa plutôt que la création.
Il ne faut pas romantiser cette période. La drogue n’est pas la source du talent de Bowie. Elle menace plutôt sa santé, ses relations, son jugement et sa capacité à continuer de travailler.
Les déclarations fascistes de 1976
La période du Thin White Duke est également marquée par une controverse politique majeure. En 1976, Bowie prononce dans certaines entrevues des paroles favorables à l’autoritarisme et parle du fascisme d’une manière irresponsable.
À son retour en Angleterre, une photographie prise à la gare Victoria donne aussi l’impression qu’il effectue un salut nazi. Bowie affirme qu’il ne faisait que saluer la foule. La photographie demeure discutée, mais ses déclarations de l’époque sont suffisamment graves pour ne pas être réduites à un simple malentendu visuel. Il rejettera ensuite le fascisme et expliquera que ses propos avaient été influencés par la cocaïne, son instabilité psychologique et le personnage du Thin White Duke.
Ces facteurs permettent de comprendre le contexte, mais ils ne font pas disparaître sa responsabilité. Bowie reconnaîtra plus tard avoir commis une faute. Un personnage peut expliquer la forme d’un comportement, mais il ne peut pas entièrement excuser les paroles de l’artiste qui l’a créé. Ces événements montrent le danger réel de sa méthode.
Le masque du Thin White Duke avait cessé d’être un simple instrument théâtral. Il avait commencé à influencer la manière dont Bowie parlait et agissait publiquement.
Quitter Los Angeles pour survivre
Bowie comprend progressivement que son mode de vie américain le conduit vers une impasse. À la fin de 1976, il quitte Los Angeles et se rapproche de l’Europe. Il séjourne en Suisse, en France et en Allemagne avant de s’installer à Berlin-Ouest avec Iggy Pop.
Berlin est alors une ville divisée, située au centre des tensions de la guerre froide. Le mur sépare Berlin-Ouest de Berlin-Est et transforme la ville en territoire à la fois isolé et culturellement intense. Bowie y trouve une forme d’anonymat. Il peut fréquenter les cafés, visiter les musées, peindre et se déplacer sans être constamment traité comme une vedette.
Il réduit progressivement sa consommation de drogues, même si sa reconstruction ne se produit pas instantanément. Berlin ne le guérit pas miraculeusement. La ville lui offre plutôt un environnement dans lequel il peut réapprendre à vivre et à travailler.
Références.
Site officiel de David Bowie – le milieu des années 1970 – Diamond Dogs, Young Americans, Station to Station et le Thin White Duke.
Pitchfork – réédition de Station to Station – Contexte de l’album, contenu de la réédition et concert de Nassau 1976.
Rock & Roll Hall of Fame – David Bowie – Repères sur l’évolution artistique et l’impact culturel de Bowie.
Encyclopaedia Britannica – David Bowie – Biographie générale et chronologie de sa carrière.
Pour un monde meilleur
Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone
INFOGRAPHIE : DANIEL MARSOLAIS
WEBMESTRE : MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
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