David Bowie L’homme derrière les métamorphoses
De David Jones à Major Tom (1)
Publié le 19 septembre 2026
Par Valérie Gagné
De Major Tom à Ziggy Stardust, d’Aladdin Sane au Thin White Duke.
Avant Ziggy et les métamorphoses spectaculaires, il y avait un jeune musicien en quête d’une voix, d’un nom et d’une identité. Ce premier volet suit son parcours jusqu’à la naissance de Major Tom.
Dans les années 1970, David Bowie ne s’est pas contenté d’écrire des chansons. Il a transformé son nom, son visage, ses vêtements, sa voix et même sa personnalité publique en matériaux artistiques. Chacun de ses personnages lui a permis d’explorer une nouvelle identité. Mais derrière ces métamorphoses se trouvait aussi un homme fasciné par le théâtre, la spiritualité, la célébrité et les zones les plus inquiétantes de l’esprit humain.
Pendant les années 1970, David Bowie donne parfois l’impression de vivre plusieurs carrières en une seule décennie. En moins de dix ans, il passe du folk spatial au glam rock, de la soul américaine à la musique électronique européenne. Il devient tour à tour astronaute, extraterrestre, prophète du rock, créature décadente, aristocrate glacial et artiste expérimental installé à Berlin.
Ces transformations ne sont pas de simples stratégies commerciales. Elles constituent le cœur de sa méthode artistique. Bowie utilise les personnages pour expérimenter, provoquer le public et révéler des aspects de lui-même qu’il n’aurait peut-être pas pu exprimer sous son identité ordinaire.
Mais cette méthode comporte un danger. À plusieurs reprises, la frontière entre David Bowie et ses créations devient si mince que le musicien semble perdre le contrôle de l’image qu’il a lui-même inventée.
Avant David Bowie, il y avait David Jones.
David Robert Jones naît le 8 janvier 1947 à Brixton, dans le sud de Londres.
Son père, Haywood Stenton Jones, travaille dans le domaine des relations publiques pour une organisation caritative. Sa mère, Margaret Mary Burns, est employée dans un cinéma. La famille déménage à Bromley, dans le Kent, alors que David est encore enfant.
Il grandit dans l’Angleterre de l’après-guerre, à une époque où la musique populaire britannique est profondément transformée par les influences américaines. Le jazz, le rhythm and blues, le rock’n’roll et les vedettes du cinéma fascinent une génération de jeunes Britanniques qui cherchent à s’éloigner du conservatisme de leurs parents.
David découvre notamment Little Richard, Elvis Presley, Fats Domino, John Coltrane et Charles Mingus. Little Richard produit sur lui une impression notamment forte. Le chanteur ne se contente pas d’interpréter de la musique : son apparence, sa voix, ses gestes et sa présence semblent appartenir à un monde entièrement différent.
Cette rencontre à distance avec le rock’n’roll lui fait comprendre qu’un artiste peut créer une réalité qui lui est propre.
Le saxophone et les premières formations
Avant de devenir chanteur et guitariste, David Jones s’intéresse surtout au saxophone. Son père lui offre un instrument et David prend des leçons avec Ronnie Ross, musicien de jazz qui deviendra un saxophoniste respecté. Plusieurs années plus tard, Ross jouera le célèbre solo de saxophone entendu dans la chanson Walk on the Wild Side de Lou Reed, produite par Bowie et Mick Ronson.
À l’adolescence, David joue ou compose pour différentes formations, dont les Konrads, les King Bees, les Manish Boys et Davy Jones and the Lower Third. Ces groupes ne connaissent pas de succès important, mais ils lui permettent d’apprendre le fonctionnement de la scène musicale britannique.
Il découvre les studios, les maisons de disques, les relations avec les gérants et la difficulté de construire une identité reconnaissable dans une industrie déjà remplie de jeunes chanteurs. Il tente plusieurs styles. Il imite parfois le rhythm and blues américain, adopte différentes coiffures et cherche encore la voix qui lui permettra de se distinguer.
Cette période montre déjà sa capacité d’adaptation, mais également une certaine instabilité artistique. David ne souhaite pas seulement devenir un bon musicien. Il veut trouver une forme que personne d’autre ne possède.
1964
Une bagarre qui transforme son regard
L’apparence de David Bowie est souvent associée à ses yeux qui semblent être de couleurs différentes. Il ne s’agit pourtant pas d’une véritable hétérochromie. Ses deux iris sont généralement décrits comme étant bleus, mais sa pupille gauche demeure presque constamment dilatée.
Cette particularité résulte d’une blessure subie à l’adolescence lors d’une dispute avec son ami George Underwood. La bagarre aurait été provoquée par une rivalité amoureuse. Un coup porté à l’œil cause une paralysie permanente du muscle responsable de la contraction de la pupille.
Les deux jeunes hommes demeurent néanmoins amis. Underwood deviendra même artiste visuel et participera plus tard à la conception de certaines pochettes de Bowie.
La pupille dilatée donne au regard du chanteur une apparence asymétrique et presque irréelle. Bowie n’a évidemment pas choisi cette blessure, mais il apprendra à intégrer cette particularité à son image. Sous les éclairages de scène et devant l’objectif des photographes, son regard semble changer selon l’angle et l’intensité de la lumière. Ce détail physique contribue à renforcer l’impression qu’il n’appartient jamais complètement au monde ordinaire.
Terry Burns, le jazz et la fragilité psychologique
L’un des personnages les plus importants de l’enfance de Bowie est son demi-frère Terry Burns, plus âgé que lui. Terry lui fait découvrir le jazz moderne, la littérature, la spiritualité et certains aspects de la culture underground londonienne. Il souffre toutefois de graves problèmes de santé mentale et reçoit un diagnostic de schizophrénie. Il passe plusieurs périodes dans des établissements psychiatriques avant de mourir en 1985.
D’autres membres de la famille maternelle de Bowie auraient également souffert de troubles psychologiques. Ces antécédents préoccupent profondément le chanteur. Il serait imprudent d’expliquer toute son œuvre par cette histoire familiale. Bowie développe néanmoins une fascination persistante pour la folie, la fragmentation de l’identité et la possibilité de perdre le contrôle de son esprit.
Plusieurs de ses chansons abordent des personnages isolés, enfermés, persécutés ou incapables de distinguer la réalité de leurs propres visions. Son intérêt pour les personnages peut alors être interprété de deux manières.
Ils lui permettent d’explorer différentes identités, mais ils lui offrent aussi une certaine distance. En attribuant des émotions inquiétantes à une créature fictive, Bowie peut les observer sans nécessairement affirmer qu’elles lui appartiennent directement.
Références.
Site officiel de David Bowie – biographie et débuts – Brixton, saxophone, premiers groupes, Space Oddity et Major Tom.
TIME – l’origine du nom David Bowie – Du nom David Jones au nom de scène adopté en 1965.
Encyclopaedia Britannica – David Bowie – Repères biographiques et vue d’ensemble de la carrière.
Pour un monde meilleur
Fabriqué au Québec
Basé à Montréal, capitale mondiale du rock francophone
INFOGRAPHIE : MURIEL MASSÉ
WEBMESTRE : MARCO GIGUÈRE
RÉDAC’CHEF : MURIEL MASSÉ
ÉDITEUR: GÉO GIGUÈRE
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